Violence avec armes à feu

Par Édouard G. Trépanier |

Comment ne pas y songer ?  Plus d’une fusillade (3 morts + au moins un blessé) par jour, chez notre voisin du sud.  Ce comportement en société n’est pas nouveau.  Entre 1966 et 2012, près du tiers de ces assassinats publics de groupes ont eu lieu aux États-Unis.  Et le phénomène prend de l’ampleur depuis quelques années.  Selon le CDC (« Center for Disease Control »), 45 000 personnes sont mortes par armes à feu, aux États-Unis, en 2020.  Cette année, la majorité des grandes villes américaines enregistrent un record d’homicides (selon le FBI, 77 % des meurtres étaient commis avec une arme à feu en 2020).  Durant la pandémie, la vente d’armes d’assaut a explosé.

On peut trouver plusieurs explications : les soins de santé ne sont pas mutualisés aux É.-U. (donc reviennent très chers à l’individu malade), la santé mentale n’est pas une priorité (comme dans la majorité des pays industrialisés), la population est devenue si polarisée que les amis et les familles se séparent à cause de leur allégeance politique, la violence y est cultivée et banalisée par les arts, le cinéma et les jeux vidéo en particulier, ou simplement, c’est trop facile d’avoir accès à des armes à feu, souvent des armes construites pour tuer des humains et infliger le plus de dommage possible à l’ennemi.

Une organisation de lutte pour améliorer les lois qui encadrent la vente des armes aux États-Unis (« Everytown for gun safety ») remettait à CNN, en janvier dernier, une étude comparative du nombre d’homicides et de suicides, entre les différents États américains, en fonction des restrictions concernant les armes à feu.  On a ainsi pu démontrer une corrélation directe entre la faiblesse des lois et le nombre de décès par balle (https://everytownresearch.org/rankings/).  On conclut donc que les lois qui encadrent la vente des armes sauvent des vies.  Mais, le problème ne peut se régler, car les gouvernements (fédéral et des États) ne semblent plus capables de gouverner, notamment parce qu’un des deux partis politiques ne collabore plus et passe outre les institutions démocratiques.

Comment ne pas craindre que la plus grande démocratie (en nombre de citoyens) ne sombre dans une culture de violence trivialisée ?  Lorsqu’un tueur assassine plusieurs enfants, le peuple réclame que le gouvernement rétablisse l’ordre, mais les politiciens à la solde du lobby des armes rétorquent qu’il faudrait que tous soient armés pour tuer le tueur dès qu’il tue… la loi du « Far West ».  D’ailleurs, selon ces défenseurs de la liberté de porter une arme, les enseignants devraient être armés pour prendre la défense de leur classe.  Et, comme la majorité des politiciens américains semblent financés par la vente d’armes, la spirale vers la dévastation  sociale continue.

Croyons-nous vraiment que l’adoration de l’arme à feu sera contenue à nos portes ?  Avec le genre de frontière longue et poreuse que nous partageons entre nos deux pays, quand l’un tousse, l’autre attrape la grippe.  Malgré tout, il n’est peut-être pas trop tard pour préparer une stratégie canadienne de protection de notre société, stratégie qui comprendrait une véritable politique sur les armes.  Aller faire les emplettes ou étudier à l’école pourrait devenir un risque calculé, si notre gouvernement ne prend pas la chose au sérieux.

Ascension et chute de la richesse des États

Enfin !  Selon « The Economist », l’énergie fossile a commencé son déclin.  Une des causes de l’arrivée de ce tournant, dans l’histoire de l’énergie, provient de la perturbation de fourniture de pétrole et de gaz, provoquée par l’invasion russe en Ukraine.  « The Economist » annonce même que les pays de la Planète sont maintenant au point de départ d’une course vers les énergies vertes.  Dans cette nouvelle mouvance, il y aura des perdants et des gagnants.

Certains États producteurs de pétrole, comme l’Arabie Saoudite, l’Algérie ou le Nigéria, vont devoir trouver une façon de faire face à un déclin économique.  D’autres, comme le Canada, vont probablement réussir le virage, au moyen de l’industrie minière qui va produire le nécessaire pour les éoliennes, les batteries et l’infrastructure de l’énergie verte.  Les États qui vont le mieux réussir seront probablement ceux riches en cuivre, lithium, cobalt, aluminium comme le Chili, la Chine, le Pérou et la République démocratique du Congo.  « The Economist » conclut que la condition sine qua non de réussite sera toutefois la bonne gouvernance.  En effet, les peuples de ces États nouvellement riches qui pourront bénéficier de cette prospérité  seront  ceux qui embrasseront la démocratie, alors que les nations autocratiques enrichiront les oligarques, quelques dirigeants et les propriétaires de mines.  Rien de nouveau ici.

Vous souvenez-vous d’une époque pas si lointaine où le Canada était l’un des plus grands producteurs de cuivre (1975) et d’aluminium (Seconde Guerre mondiale) ?  Ce serait surprenant qu’il n’en reste point dans nos sols.  Quant au cobalt et au lithium, qui provient en grande partie de l’Afrique, on en utilise de moins en moins dans les nouvelles batteries.  Drôle de hasard !

Par ailleurs, ce que « The Economist » ne mentionne pas, c’est que l’extraction et surtout la transformation du précieux minerai sont particulièrement énergivores.  Le Québec étant champion de l’énergie verte à profusion, il ne nous reste que la bonne gouvernance pour nous assurer un avenir confortable, parmi les prochains États riches.

L’après-COVID

Nous avons l’impression d’y être, ce printemps.  Mais l’après-COVID, le moment où la Planète entière aura normalisé cette maladie parmi les autres pathologies contagieuses, n’est pas encore arrivé.

À ce moment-là, nous pourrons obtenir une vision beaucoup plus nette de la gestion de cette crise mondiale par nos divers gouvernements.  Est-ce les démocraties ou les dictatures qui auront le mieux lutté contre les affres de cette maladie ?  Dans le dilemme « économie c. bien-être », quels sont les États qui ont traité le plus humainement leurs citoyens ?  Qui sont les gestionnaires champions ?

Pour le moment, on croit que les États dirigés par des populistes et des autocrates ont moins bien traité leurs citoyens.  En tout cas, c’est dans les dictatures où il y aurait eu le plus de décès au-delà des nombres habituels.  Selon le « Journal of Political Institutions and Political Economy » (https://www.facebook.com/JPIPE.journal) on y retrouve, en moyenne, 8 % plus de mortalité que dans les États démocratiques.  L’une des principales raisons serait la nécessité pour les autoritaristes de critiquer l’« élite », dont le corollaire est : cultiver l’ignorance.  Dès le début de la pandémie, on y a d’ailleurs clairement observé une poussée nationale anti-science.

La cohésion sociale, le développement économique et l’avancement de la civilisation par la raison et la science sont des sujets abordés et développés dans « Les Assises de Nunaliq ».  Ce sont des sujets qui ne vieillissent guère.

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