Immigration et démocratie

Par Édouard G. Trépanier | Cette année, il y aura un grand nombre d’élections dans les pays démocratiques.  Parmi les cinq sujets qui préoccupent les électeurs, on retrouve pratiquement toujours l’« immigration ».  Alors, discutons de ce sujet qui, si souvent, fait peur.

Premier constat

Peu de gens émigrent vers les dictatures.  Les démocraties offrent un avenir meilleur et sont plus faciles d’accès.  Elles ont aussi tendance à honorer leur signature (non contraignante) apposée sur les conventions internationales comme le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (ONU, https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n18/452/00/pdf/n1845200.pdf?token=Sp6m29Y5LRmlivN0QI&fe=true)   Le phénomène en est donc un de pays démocratiques, influence par l’électeur.

Le phénomène de la migration

Selon la Division de la population du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA), au 1er juillet 2020, le nombre mondial de migrants internationaux était estimé à 281 millions.  Cela représente environ 3,5 % de la population mondiale, contre 2,8 % en 2000 et 2,3 % en 1980.  Si la tendance se maintient …  Selon les estimations de l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés, le monde compte 5,4 millions de demandeurs d’asile (réfugiés), soit environ 2 % des migrants. 

« Réfugié » : « une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle ; qui craint avec raison d’être persécutée du fait de son appartenance communautaire, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ; et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte.  (Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés – qui devrait être révisée pour ajouter la pauvreté abjecte et les changements climatiques).  La personne entrée au pays et qui réclame le droit d’asile devient un réfugié au sens de la loi, après enregistrement. »

L’ONG appelée Organisation internationale pour la migration parle plutôt de 25 millions de réfugiés. Avec la brutalité croissante des changements climatiques qui fera en sorte que de grands territoires ne seront plus habitables (sécheresse, feu, inondation ou autres tempêtes dévastatrices), on doit se rendre à l’évidence, qu’on le veuille ou non, la croissance de la migration va s’accentuer, celle des réfugiés encore plus.

Préoccupation du citoyen

Avec tout ce monde qui cherche et cherchera à venir s’établir dans les démocraties, en particulier les pays industrialisés où la majorité n’est pas pauvre et où l’eau coule dans les ruisseaux et les rivières, on comprend que le sujet inquiète nos populations.  Les citoyens sont préoccupés non pas parce que les gens sont xénophobes ou racistes, mais parce que nos gouvernements ne semblent pas gérer la situation.  Sans contrôle, notre culture, nos valeurs et notre démocratie pourraient être menacées.  À cause des nombres croissants de migrants, si nous ne voulons pas devenir les Autochtones de ceux qui arrivent, nous devons nous préparer.  « Les gauchistes-disciples du multiculturalisme croient que le besoin de se définir socialement est un ‘repli identitaire’ de la part de personnes nostalgiques du bon vieux temps, de gens fermés au modernisme … » — « Il n’y a pas de repli identitaire dans le désir de ne pas devenir étranger chez soi. » disait Mathieu Bock-Coté dans son blogue du 12 février 2017.  Ceux qui se croient au-dessus de la plèbe se disent souvent citoyen du monde, sans racines, sans chez soi, sans besoin de frontières.

Résultat, les électeurs deviennent émotifs et se polarisent sur une question qui ne se règle que par la raison.  L’immigration est devenue un enjeu électoral parce que les politiciens n’ont pas le courage de créer une politique rationnelle, et les populistes de droite en profitent pour exploiter cette crainte initialement légitime au profit de leur pouvoir personnel.

Dans cette infolettre, je vais offrir ma recette.  Elle me semble simple, peut-être simpliste pour certains.  Elle pourra déplaire, mais au moins elle vous offre un point de vue… celui qui, selon moi, devrait être adopté.

En premier lieu, le contrôle des frontières

Commençons avec un extrait de Les Assises de Nunaliq : « Un peuple, c’est une population, plus des contours et des conteurs. » — « (…) l’homme a, à la fois, besoin d’enracinement et de cosmopolitisme, il a autant besoin de frontières pour le protéger que de la possibilité de les franchir, pour ne pas se laisser avaler par la communauté à laquelle il appartient. » — « Politiquement incorrect, moralement antipathique, mais inévitable pour échapper au pur hasard (…), il faut une limite. » — « Comme le fleuve, qui joint et sépare en même temps… » — « (…) le périmètre à l’intérieur duquel n’importe qui ne pourra pas faire n’importe quoi (…) dissocie et réunit. » — « Chaque culture a son style de clôture, deux mots qui riment parce qu’ils sont synonymes. » — « (…) yin / yang, féminin / masculin, chaud / froid, terre / ciel… » des distinctions sans mépris. » — « Ce qu’il y a de plus profond chez l’homme, disait Valéry, c’est la peau. La vie collective, comme celle de tout un chacun, exige une surface de séparation. » — « C’est en se dotant d’une couche isolante, dont le rôle n’est pas d’interdire, mais de réguler l’échange entre un dedans et un dehors, qu’un être vivant peut se former et croître. » — « Qui entend se surpasser commence par se délimiter. » (Régis Debray, Éloge des frontières, Éd. Gallimard, 2010).  « Est-ce que nous voulons vivre dans un monde où tout le monde serait étranger, un monde sans frontières, sans patries, sans traditions et sans différences ?  En somme, un immense désert peuplé d’individus semblables, sans visages et sans noms propres. »  (Métamorphose du monstre politique, Yves Charles Zarka, Presses universitaires de France, 2016)

La frontière est encore nécessaire à la civilisation, car nous ne vivons pas au siècle de l’ouverture totale… quand les humains n’auront plus besoin de délimiter les territoires.  Comme le dit la chanson de Raymond Levesque (1956) : « Quand les Hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de frontières (« misère » en fait), mais nous nous serons morts mon frère… »  Décevant peut-être, mais il faut encore connaître nos limites, les garder à l’œil et les défendre… militairement ou non.  Personne ne doit les franchir sans notre autorisation.

La frontière étanche entraînera des situations cruelles envers les pauvres gens qui veulent se réfugier chez nous.  La critique de ceux qui croient ne pas avoir besoin de frontières ni de contrôle par l’État (des anarchistes ?) sera féroce.  Notons toutefois qu’un pays qui publicise sa politique sur le contrôle de ses frontières les verra mieux respectées.

Longues frontières : On doit alors utiliser diverses technologies peu coûteuses comme des ballons flottants à diverses altitudes (ceux à plus haute altitude détectent les aéronefs hors de leur plan de vol et ceux de plus basse altitude peuvent observer les mouvements de véhicules terrestres ou nautiques et, lorsqu’équipés de capteurs puissants, les personnes à pied.)  Ces derniers peuvent lancer des drones pour photographier ou suivre les clandestins.  Enfin, de nombreuses caméras déclenchées par de faibles rayons laser peuvent communiquer au moyen d’un réseau de tours cellulaires tout le long de la frontière (on peut récupérer des relais cellulaires de technologies en voies de mise au rancard).  On doit aussi y parsemer des espaces pour les hélicoptères munis de véhicules tout terrain à la disposition des douaniers et agents d’immigration.

Politique sur l’immigration

Ceux qui réussissent sans être entrés par la porte (les postes-frontières) deviendront automatiquement des illégaux parce qu’ils ne respectent pas nos lois.  Ils perdront donc le droit de demander l’asile.  S’ils réussissent à se fondre dans la population, ils seront traqués afin d’être déportés.  Une exception pourrait être faite dans certaines circonstances.

Évidemment, décourager les entrées illégales et mandater les patrouilleurs à la frontière d’expulser les migrants qui réussissent à entrer illégalement au pays avant qu’ils ne puissent demander l’asile peut être vu comme cruel et pourrait même ne pas satisfaire le droit des réfugiés, comme promus par l’ONU.  Mais comment contrôler nos frontières autrement ?  À partir du moment où les demandes d’asile faites aux postes frontaliers officiels sont traitées à plein rendement, il ne nous reste qu’à refuser l’accès aux autres. On n’arrivera pas à rassurer la population, à satisfaire nos obligations internationales et à créer un climat de normalité sans la répression d’un côté et la générosité de l’autre.  L’un sans l’autre garantit l’échec.

Pour chacune de ces catégories (réfugiés, immigrants économiques, immigrants humanitaires et travailleurs saisonniers), il nous faut des critères et des règles particulières.  Ce que nous devons éviter ; c’est de laisser entrer des belligérants, des membres du crime organisé, des terroristes, des personnes violentes (choc culturel ou santé mentale) et ceux qui ne respectent pas l’égalité des femmes ni l’intérêt supérieur de l’enfant.

Hormis les réfugiés, il y a les immigrants de droit.  Ces derniers regroupent ceux que l’on invite pour des raisons économiques (nous avons besoin de leur apport), pour des raisons humanitaires (pensons aux Vietnamiens et plus récemment aux Ukrainiens) et ceux que l’on accueille au nom de la réunification de familles.  En outre, il y a les saisonniers : une main-d’œuvre bon marché qui ne s’intègre que rarement.  Ils proviennent de pays pauvres.  Nous allons les chercher afin que nos aliments restent le moins cher possible.

Le contrôle des frontières doit aussi s’exercer à l’intérieur de celles-ci.  Afin que l’État puisse discrètement surveiller les déplacements et les mouvances, nous devons accepter que le gouvernement émette une carte d’identité officielle (qui contient des renseignements personnels) qu’il est obligatoire de porter sur soi, et que les autorités peuvent demander de produire.  On ne cherche pas à créer un État-policier, mais comme il nous faudra de plus en plus protéger le niveau de vie que nous nous sommes donné par notre discipline et notre travail, nous devons trouver une façon d’éviter que celui qui ne contribue pas en profite indûment.  Rappelons que notre niveau de vie est le fruit du travail de nos bâtisseurs et celui du combat de nos défenseurs, morts au champ d’honneur ou vétérans.

La meilleure façon de faire face à la grande mouvance humaine, ce n’est pas d’accueillir tous ceux qui se présentent sur le territoire, mais plutôt de répandre le bonheur là où les gens sont nés.  Abandonner les pays plus vulnérables dans leur coin de la Planète, c’est condamner le monde entier à l’instabilité et peut-être même à un recul de la civilisation (nations armées ingouvernables).  À défaut d’ententes entre nations, l’ONU dispose de meilleures infrastructures organisationnelles pour lancer de telles initiatives.  Se replier sur soi-même pour vivre à sa guise n’est plus une solution.  Comment être philanthrope entre nous si l’on rejette ses frères humains ?  Pour y arriver : démocratie et justice doivent se mettre en œuvre.  La tâche est gigantesque, mais c’est peut-être la seule démarche possible pour que l’humanité évite de profonds troubles sociaux.

Dès que nous reconnaissons que nous avons la chance d’être nés ou de vivre dans un endroit fortuné par rapport à la majorité des autres pays, nous nous devons d’être généreux envers ceux que l’on acceptera chez nous et ceux qui sont à l’extérieur de nos frontières.  Il faudra même bonifier les directives du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières en créant les statuts de réfugiés économiques et de réfugiés climatiques.  Dur, mais juste.  Le grand philosophe Emmanuel Kant avait déjà déterminé au XVIIIe siècle que :  « (…) l’hospitalité signifie uniquement le droit qu’à chaque étranger de ne pas être traité en ennemi … »   (Métamorphose du monstre politique, Yves Charles Zarka, Presses universitaires de France, 2016)

Voici comment se déclinent les directives du Pacte en termes de mission des gouvernements signataires :

  1. Collecter et utiliser des données précises et ventilées qui serviront à l’élaboration de politiques fondées sur la connaissance des faits ;
  2. Lutter contre les facteurs négatifs et problèmes structurels qui poussent des personnes à quitter leur pays d’origine ;
  3. Fournir dans les meilleurs délais des informations exactes à toutes les étapes de la migration ;
  4. Munir tous les migrants d’une preuve d’identité légale et de papiers adéquats ;
  5. Faire en sorte que les filières de migration régulière soient accessibles et plus souples ;
  6. Favoriser des pratiques de recrutement justes et éthiques et assurer les conditions d’un travail décent ;
  7. S’attaquer aux facteurs de vulnérabilité des migrations et les réduire ;
  8. Sauver des vies et mettre en place une action internationale coordonnée pour retrouver les migrants disparus ;
  9. Renforcer l’action transnationale face au trafic de migrants ;
  10. Prévenir, combattre et éliminer la traite de personnes dans le cadre des migrations internationales ;
  11. Gérer les frontières de manière intégrée, sûre et coordonnée ;
  12. Veiller à l’invariabilité et à la prévisibilité des procédures migratoires pour assurer des contrôles, des évaluations et une orientation appropriés ;
  13. Ne recourir au placement en rétention administrative des migrants qu’en dernier ressort et chercher des solutions de rechange ;
  14. Renforcer la protection, l’assistance et la coopération consulaires tout au long du cycle migratoire ;
  15. Assurer l’accès des migrants aux services de base (essentiel à la sécurité et à la dignité humaine) ;
  16. Donner aux migrants et aux sociétés des moyens en faveur de la pleine intégration et de la cohésion sociale ;
  17. Éliminer toutes les formes de discrimination et encourager un débat public fondé sur l’analyse des faits, afin de faire évoluer la manière dont les migrations sont perçues ;
  18. Investir dans le perfectionnement des compétences et faciliter la reconnaissance mutuelle des aptitudes, qualifications et compétences ;
  19. Créer les conditions permettant aux migrants et aux diasporas de contribuer pleinement au développement durable ;
  20. Rendre les envois de fonds plus rapides, plus sûrs et moins coûteux et favoriser l’inclusion financière des migrants ;
  21. Coopérer en vue de faciliter le retour et la réadmission des migrants en toute sécurité et dignité, ainsi que leur réintégration durable ;
  22. Mettre en place des mécanismes de portabilité des droits de sécurité sociale et des avantages acquis ; et
  23. Renforcer la coopération internationale et les partenariats mondiaux pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Note : Les directives no 8 – 9 – 10 – 21 et 23 peuvent être mises en œuvre au moyen d’organisations internationales auxquelles le pays d’accueil contribue.

Chaque nation peut avoir des réserves concernant les traités qu’elle signe.  Comme pour toutes les conventions de l’ONU dont nous sommes signataires, rien ne nous oblige d’être parfait dès le début de l’application … mais nous devons y tendre avec le temps et les ressources.  Exemples de réserves :

  • C’est difficile de porter secours à des gens dans un autre pays.  Il faut arriver au préalable à des ententes.  En eau internationale, on devrait toujours pouvoir porter secours.  Mais le secours ne signifie pas que les secourus deviennent automatiquement des réfugiés.
  • Le Pacte souhaite que l’on développe des programmes ciblés avec du capital de risque de façon à ce que chaque diaspora se prémunisse d’un fonds de développement et d’investissement.  Dans les pays autres avec qui nous avons des ententes, ça va, mais à l’intérieur de nos frontières, cela pourrait ne pas être une bonne méthode pour bien intégrer les minorités à la société d’accueil.
  • Le Pacte demande de faciliter la participation des migrants à la vie politique de leur pays d’origine.  À moins qu’il s’agisse de gens avec visa humanitaire qui croient retourner dans leur pays après la guerre ou la famine, il me semble qu’aider chacun à participer à la vie politique d’une autre nation ne favorise pas la participation à la vie politique d’ici.
  • Le Pacte sollicite les pays hôte afin qu’ils veillent à maintenir un lien entre le migrant et son pays d’origine.  Je crois que le pays-hôte ne doit pas créer d’obstacles à une telle relation, mais ce sont les individus qui devraient être responsables de garder des liens avec leur pays d’origine.
  • Le Pacte voudrait que le pays hôte veille à protéger le migrant qui retourne dans son pays d’origine au moyen d’ententes, afin qu’il puisse retourner dans la dignité, ne pas être harcelé, ne pas être emprisonné et ne pas être forcé à se déplacer de sa région d’origine et de façon à ce que ce pays d’origine l’aide à se réintégrer et particulièrement avec des enfants.  D’une part la responsabilité du pays hôte s’arrête lorsque le réfugié ou l’immigrant sort de son territoire en santé avec ses possessions.  De toute façon, la grande majorité des pays d’origine n’accepteront pas que le pays hôte surveille la façon avec laquelle les ex-migrants sont traités … à moins qu’ils soient citoyens.
  • Le Pacte laisse entendre que tous les services offerts à la population du pays hôte soient aussi offerts aux réfugiés et aux résidents temporaires.  Selon moi, les services offerts à ceux qui sont légitimement venus s’installer chez nous doivent être excellents et basés sur les droits de la personne.  Mais cela ne signifie pas que ce sont les mêmes services que ceux offerts aux citoyens.

Par ailleurs, et toujours selon mon point de vue, le Pacte n’insiste peut-être pas assez sur certains aspects qui me semblent importants :

  • Un organisme unique (autre que les fédérations professionnelles protectionnistes) doit veiller à établir les équivalences de diplôme afin que ceux qui ont obtenu des compétences dans leur pays d’origine reçoivent un diplôme équivalent dans le pays hôte ou, s’il le faut, soient inscrits à un programme d’étude accéléré afin d’obtenir le diplôme correspondant.
  • L’État doit superviser la construction de logements sociaux suffisants, conformément aux droits de la personne.  C’est ainsi qu’on ne pourra plus blâmer le prix du logement sur l’immigration.
  • L’État a la responsabilité de recevoir les immigrants selon un minimum de décence qui consiste à ne jamais les abandonner dans la misère.  Ceux qui choisissent de vivre ici et qui sont reçus ne devraient pas voir leur rêve brisé, parce qu’on les plonge dans l’inattendu, parce qu’on ne reconnaît pas leur compétence.  Dans de mauvaises circonstances, les hommes se sentent diminués vis-à-vis leur famille.  La pauvreté et la dépression peuvent s’installer, ce qui augmente les frais collectifs de santé.  Il est préférable de laisser les gens dans leur pays d’origine que de les transplanter dans la misère et la honte.  Il faut donc s’assurer que tous les immigrants aient un potentiel d’emploi.
  • Un accueil adéquat des immigrants signifie que les ressources sont réparties selon les besoins sociaux et qu’on évite de créer des ghettos.  L’intégration à la campagne démontre souvent que les immigrants y sont plus heureux et que les « gens de la place » retirent davantage à partager au quotidien avec ces gens venus d’ailleurs.

Combien d’immigrants recevoir à l’avenir ?

Voilà la question fatidique.  Eh bien, je ne crois pas que l’utilisation d’un nombre de migrants à recevoir soit prudente ni utile.  La réponse à cette question doit être : Le maximum d’immigrants et de réfugiés que nous (le pays hôte) sommes capable d’accueillir.  Ici, « accueil » signifie, avec :

  • Contrôle par ceux qui travaillent aux portes d’entrée ;
  • Filtration ordonnée en temps réel (sans retard accumulé) qui rejette les méchants personnages ;
  • Hébergement temporaire, décent et sécuritaire ;
  • Formation régulière permettant l’intégration, y compris l’école régulière pour les enfants et hébergement permanent disponible ensuite (on ne met pas les gens à la rue).

« Hébergement temporaire » signifie des camps pour les migrants qui n’ont pas de statut.  Il faut comprendre que l’identité des nouveaux arrivants peut souvent être difficile à confirmer.  Ceux qui en font la demande peuvent en être exemptés s’ils sont parrainés, rejoignent leur famille et ne représentent pratiquement aucune intention de se fondre dans la société pour devenir des sans-papiers.  Pour les cas qui sont perçus comme un danger pour la société, l’hébergement temporaire est la prison.  C’est peut-être contraire au droit international, mais la protection des citoyens doit avoir préséance.  On parle ici d’individus interdits sur le territoire qui ont réussi à entrer à nouveau dans le pays, ceux qui sont soupçonnés de crime commis à l’étranger, ceux qui ont été trouvés dans la société après s’y être cachés (qui ne se sont pas présenté aux procédures d’immigration) ou toute personne qui pose un danger pour la société.

« Formation » : La formation des immigrants devrait comprendre l’apprentissage de la langue et du fonctionnement de notre société (notamment les mécanismes de plaintes et la recherche d’emploi), ainsi qu’un minimum d’histoire national y compris la mise en présence d’évènements culturels.  Cette formation doit être obligatoire, mais rémunérée.  Elle doit être réussie après 18 mois.  Si quelqu’un la refuse, cette personne doit payer une amende qui servira à défrayer en partie la formation des autres migrants.  Cette formation dont le cursus est national doit être offerte en coopération avec les régions et les municipalités.  Cela permet le rapprochement avec la population et le marché du travail qui est généralement local.  Dans un effort de sensibilisation de la population, on devrait inviter toute la communauté à assister à ces formations.  Pour les immigrants réguliers, une grande partie de cette formation doit être assumée par le demandeur dans le pays d’origine, avant d’entrer chez nous.  Sur place, il ne devrait rester qu’environ six mois de formation.  Le but ultime doit être l’intégration à la volonté de participer à la construction d’un avenir meilleur pour eux, pour leurs enfants et pour la nation hôte.

Il faudra embaucher suffisamment d’experts pour que les migrants hébergés dans les centres spécialisés n’y restent pas plus de six mois.  Enfin, une nation moderne doit aussi établir un indice d’absorption en cas d’urgence, car un tsunami de gens sans statut peut en tout temps vouloir franchir notre frontière.  Les mesures d’urgence prévues doivent être souples et temporaires

Filtration

La filtration des nouveaux arrivants doit comprendre des examens obligatoires de santé physique et mentale.  Certaines maladies peuvent être traitées sans que les budgets de l’État ne soient érodés.  D’autres constituent une raison suffisante pour retourner immédiatement les entrants.  Il faut ici comprendre que les personnes souffrant d’une déficience intellectuelle et de maladie mentale peuvent être déportées sans délai, à moins que les symptômes représentent un état temporaire dû, par exemple, au traumatisme de la faim ou de la guerre.  Rappelons que l’OCDE et l’ONU reconnaissent que la santé mentale n’est pas suffisamment prise en charge, même dans les pays riches. 

De nombreux pays d’origine n’ont pas résolu la question de suprématie du droit national sur les préceptes religieux.  Il faut donc être capable d’évaluer le potentiel d’adaptation d’une personne dans une société où l’athéisme est une réalité historique, où la femme s’émancipe à travers une longue démarche acceptée de tous, dans une société qui n’accepte pas l’asservissement d’un ou des membres de la famille.  Si on juge que le choc culturel sera trop grand, il faudra songer à déporter les personnes incapables de vivre chez nous.  En outre, nos spécialistes de l’immigration doivent développer des techniques d’interview et d’enquêtes rapides qui permettent de filtrer les faux demandeurs d’asile, ceux qui veulent infiltrer la nation pour y semer le trouble social ou s’associer au crime organisé.

Pour arriver à faire tout ça, il faut y consacrer un nombre de fonctionnaires correspondant à ce que l’économie de la nation permet, ainsi qu’un maximum d’ONG et de bénévoles.  Il faut suffisamment d’agents d’immigrations et de juges pour que la période d’attente soit si courte et si fiable que les réfugiés reçus (et ceux qui dépassent la durée de leur visa) choisissent de venir à leur comparution au lieu de tenter de se dissimuler dans la population.  Même les pays industrialisés et démocratiques ont des limites.  Les pays hôtes moins bien nantis devraient pouvoir obtenir une aide financière internationale.

Tous les immigrants légaux doivent avoir le droit de travailler et de subvenir à leur besoin.  On doit aussi considérer favorablement l’accueil de ceux qui sont directement membres de la famille de ceux qui sont déjà admis ici comme immigrant régulier (réunification familiale).  Toutefois, la réunification des familles n’est pas une condition automatique pour accepter des gens qui ne satisfont pas entièrement les autres critères d’immigration et les quotas à cet égard.

Enfin, comme rien ne réussit à moins que l’on puisse mesurer la réussite, l’État doit faire un suivi annuel avec rapport et statistiques dans l’objectif d’améliorer les méthodes d’intégration.  D’ailleurs le Pacte recommande que le signataire harmonise sa collecte de données, afin de partager avec le monde entier, au moyen d’un centre de données géré par l’ONU.  Chaque nation devrait opérer son propre site Web destiné à informer ses citoyens sur le paysage de la migration en relation avec l’atteinte des objectifs.  Si l’entreprise privée coopère, ce site peut aussi favoriser le plein emploi.

Amnistie

Lorsque tous les mécanismes seront en place pour faire face à un afflux régulier de demandeurs d’asile, si un retard s’est accumulé (la plupart des pays hôtes en ont un), il faudra probablement amnistier un grand nombre de sans-papiers (qui viendront s’enregistrer auprès des autorités).  Tenter de déporter ceux qui sont entrés au pays de bonne foi, alors qu’ils sont victimes d’un système national d’accueil défaillant, serait injuste et cruel.  Personne ne doit se retrouver en défaut parce que le pays hôtes enregistre un retard ou a commis une erreur.  Par ailleurs, une nation rigoureuse doit déporter tout non-citoyen soupçonné de terrorisme ou d’espionnage et ceux qui sont trouvés coupables de crime.

Les enfants nés au pays n’ont pas voulu immigrer.  Comme nous, ils sont arrivés dans le monde, ici.  Ils représentent d’ailleurs la meilleure chance d’en faire : des personnes parfaitement intégrées à notre culture, à notre langue et des contribuables exemplaires favorables au progrès et à la croissance.  Ils méritent donc de devenir citoyens dès leur naissance, si leurs parents ont un statut légal.  Une nation juste ne peut toutefois offrir les mêmes avantages aux immigrants illégaux.  Les enfants doivent recevoir les mêmes services que tous les enfants, qu’ils soient des citoyens, des réfugiés ou des immigrants légaux ou illégaux.  Refuser aux enfants un traitement égal à cause d’une situation sur laquelle ils n’ont aucun contrôle serait simplement injuste.  Cependant, lorsqu’un enfant devient adulte au sens de la loi (ou à la fin du secondaire), il arrive un moment où des décisions claires doivent être prises quant à son statut.  Si les parents de cet enfant n’ont pas voulu prendre les mesures pour régulariser la situation familiale, il se présente deux options : la famille se déclare sans papiers et devient réfugiée, ou elle est déportée.  Si l’enfant éduqué ici reste au pays, la politique de réunification familiale pourrait s’appliquer.  Il est nécessaire pour l’État de faire beaucoup de promotion de ses règles dans le réseau scolaire, de façon à ce que ceux qui entrent au pays et y demeurent de façon illégale soient avertis à l’avance des conséquences de la vie clandestine.

La petite politique

Il est temps que l’on cesse d’utiliser la peur des immigrants comme une manœuvre de candidats ou de politiciens populistes.  Misant ainsi sur une crainte légitime du peuple, ces personnages odieux se proposent alors comme étant meilleurs que les autres à combattre le phénomène des foules qui veulent nous envahir.  La réalité ne correspond pas à cette image.  Les statistiques démontrent qu’il n’y a pas plus de criminels chez les immigrants que dans les pays hôtes.  Les immigrants ne « volent » pas les emplois des citoyens des pays hôtes : ils font le travail que nos concitoyens ne veulent pas entreprendre ou ils viennent à notre secours avec des diplômes ou compétences que nos concitoyens n’ont pas, en nombre suffisant. 

C’est sûr qu’il faut se pencher sur le phénomène des migrations croissantes, mais je n’ai encore observé aucun politicien en Amérique ou en Europe qui a proposé une politique (une loi sur l’immigration) à la fois logique et généreuse.  Trop de politiciens sont confortables dans la médiocrité.  Comment faire comprendre à nos Chefs d’État que l’adoption d’une politique cohérente sur l’immigration doit être mise en œuvre le plus rapidement possible, afin d’éviter la déstabilisation sociale ?  Comment rassurer le public ?  Comment passer à autre chose au lieu de ralentir notre progrès ?

Chers lecteurs, si vous êtes d’accord, envoyez ce papier à vos représentants !

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