Le « vivre ensemble »
Par Édouard G. Trépanier |
Il y a 50 ans ou plus, le « vivre ensemble » au Québec n’était pas tellement difficile. Il y avait bien des guerres de clocher (Montréal/Québec, Rimouski/Matane, etc.), mais une seule religion et 5 ou 6 sources d’information. Nous étions de culture et provenance homogène, et nous voyagions peu. Au début des années 80, le Canada a fait le choix d’une politique d’accueil multiculturaliste. Une ou deux décennies plus tard, à mesure que nous devenions l’hôte de gens de partout, nous avons commencé à en comprendre les ramifications. Étant déjà une minorité (2 % en Amérique), nous avons commencé à saisir que le multiculturalisme servait à placer les francophones du Canada côte à côte avec les autres minorités de cultures étrangères.
Aujourd’hui, avant de mettre au point le « vivre ensemble » en société pluraliste, les francophones d’Amérique regroupés sur le territoire québécois doivent réfléchir aux différents modèles d’intégration sociale proposés et, s’il le faut, en inventer un nouveau. La peur légitime de disparaître doit être partagée, comprise et réalisée dans le cadre d’un exercice de communication… donc, une langue commune indispensable.
Ensuite, contrairement aux nations qui adoptent le multiculturalisme (des cultures qui coexistent sur un même territoire, sans se parler), il faut arriver à rendre notre culture et nos valeurs si attrayantes que l’étranger s’intéressera à mieux nous connaitre. C’est à ce moment précis que nous devons proposer une société plus juste à ériger avec nos partenaires venus d’ailleurs. Bâtir une société moderne en se basant sur son patrimoine dans le plus grand respect de ceux venus d’ailleurs sera tout un défi. Mais ne serait-ce pas une magnifique passerelle systémique pour accomplir ensemble et définir une identité inclusive?
Quels sont les obstacles à relever ? La peur de l’inconnu, la discrimination issue de la peur, l’absence de culture civique, la timidité à provoquer des rencontres hors cercles rassurants, l’audace de fixer des objectifs partagés, la vie individualiste par écrans interposés et le manque d’espaces publics pour séances citoyennes. Quels sont les avantages sur lesquels miser ? Les écoles bien intégrées où les enfants de toute origine nous donnent l’exemple, les nombreux festivals musicaux et autres, ainsi que notre goût de l’aventure culinaire.
Inspiré par une émission de Savoir Média, animée par Sophie Fouron et Normand Baillargeon, avec les invités : Marina Doucerain, Professeure au Laboratoire Culture, Identité, et Langue du Département de Psychologie, UQAM — Jonathan Durand Folco, Professeur à l’École d’innovation sociale de l’Université Saint-Paul et Docteur en philosophie de l’Université Laval — Fady Dagher, Directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil.
Intimidation et liberté d’expression
On m’a demandé ce matin, si j’avais aimé l’école. En grande partie, oui, mais j’ai dû moduler mes propos, car des souvenirs moins agréables me sont venus à l’esprit. On dit : « Les jeunes peuvent être cruels ». Ça n’a pas beaucoup changé, excepté qu’aujourd’hui il existe des outils qui décuplent l’intimidation. Les paroles malveillantes sur le cyberespace amplifient les inégalités, insultent ou ridiculisent en pointant les différences de traits physiques et d’attitudes, ou simplement propagent des rumeurs dans le but d’isoler et d’exclure. Elles peuvent même menacer. Le résultat est toujours le même chez la victime : le sentiment envahissant de détresse, d’anxiété et de dépression. Et voilà que l’école se transforme en établissement pénitentiaire.
Chez les adultes, l’intimidateur comptera sur sa supériorité en nombre, en couleur de peau, etc. dans le but de nuire (diffamation) ou de faire du mal (humilier), excluant ainsi un groupe. On utilisera la désinformation et le mensonge pour stigmatiser des gens à cause d’une différence (religion, couleur, provenance, parti politique, etc.). Dans les pays où l’exigence d’équité imposée aux médias a été déréglementée, la radio et la télévision en viennent à amplifier ces différences jusqu’à cibler les victimes d’une violence à venir.
Si, comme citoyens responsables, on montrait la tolérance et la générosité à nos enfants et si, en coopération avec l’école, on participait à identifier les éléments locaux de cruauté utilisés dans son milieu, d’une part nos enfants iraient peut-être à l’école plus longtemps (l’abandon scolaire souvent lié à l’ostracisme par ses pairs), mais en plus, on formerait des adultes plus bienveillants. Voilà que leurs enfants seraient peut-être moins cruels.
Une société plus juste, comme Nunaliq, trace en toutes lettres la ligne où la liberté d’expression se termine et l’intimidation commence. Évidemment, il ne faut censurer ni les idées, ni les dénonciations légitimes, ni le vocabulaire précis. Mais ce n’est pas si difficile qu’on le prétende. Lorsque le propos vise davantage l’intimidation que le mieux-être, la parole offensante devient socialement inutile. En outre, une ligne nette permettrait à la personne intimidée de reconnaitre et d’exposer le malfaiteur, au lieu de s’isoler dans son malheur.
Invitation à l’écriture
Nous sommes chanceux. Enfants d’après-guerre, nous avons vécu des années de croissance économique qu’on a ensuite appelées « les Trente glorieuses ». Certes, on a aussi fait face à la décroissance à partir des années 80. Mais, sommes toutes, nous n’arrivons pas « trop amochés » à cette phase de la vie où, à l’abri sous un toit qui nous protège des intempéries, nous retrouvons une grande liberté d’expression. De surcroit, la société nous remet une pension, puisque nous avons contribué activement.
Alors voilà que nous avons du temps. Qu’en faire ? Chacun bricole quelque chose selon ses goûts et son inspiration. On se consacre à réaliser un rêve, quelque chose qu’on n’a pas eu le temps, jusque là, de concrétiser. Après quelques années de fignolage et d’achèvement, on atteint un objectif. Certains s’arrêtent et admirent leur œuvre, d’autres entreprennent alors autre chose. Un moment donné, pourquoi ne pas choisir l’écriture ? Nous avons tous des choses à dire qui peuvent soit divertir (pour ceux qui savent raconter des histoires) ou exprimer un point de vue. Après tout, nous avons 30 ou 40 ans d’expérience et d’observation à mettre à la disposition du public. Ça vaut son pesant d’or. On pense aux siens d’abord, puis aux plus jeunes qui ont peine à se tailler une place, alors que l’économie semble stagner.
Eh bien, c’est ici que je me situe. Je choisis d’identifier les véritables sources de la lourdeur sociale de l’époque en essayant de franchir la cloison entre l’immobilisme et l’aventure ? Tant qu’à oser, pourquoi ne pas imaginer une société plus juste, non pas une fantaisie, mais bien un projet réaliste ? C’est ce que j’ai voulu accomplir en écrivant « Les Assises de Nunaliq ou Comment survivre au chaos de la démocratie contemporaine ». Ce livre cause des fondements nécessaires, tant dans nos vies personnelles que pour créer une société qui nous ressemble davantage. Si vous l’adoptez, le cheminement, au travers des finalités de la vie, des grands principes mondialement acceptés et des valeurs auxquelles on s’identifie, vous mènera peut-être de l’autre côté… là où tout est possible.



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