Coup d’État près de chez nous 

Par Édouard G. Trépanier |

Nos écrans présentent à répétition l’assaut du Capitole américain : une tentative de coup d’État raté qui témoigne de l’avènement du fascisme antidémocratique. Je choisis ce sujet parce que nous partageons beaucoup avec les Américains (consommation, culture, etc.), ce qui ne manquera pas d’avoir un effet plus ou moins ardent sur certains Canadiens. Pour mieux comprendre les pulsions de l’insurrection, voici ce qu’on a pu observer ce jour-là. 

La tentative de coup d’État du 6 janvier, naïve et mal organisée, était composée d’assaillants de diverses factions (terme utilisé par les pères de la constitution américaine pour qualifier notamment les meutes insurrectionistes) qui se sentent menacés dans leur identité.  En premier lieu, on retrouve des suprémacistes blancs (exhibant divers symboles nazis avec insignes « WP » pour « white power »). Ils craignent le multiculturalisme, l’arrivée massive de gens différents et ils attribuent l’échec électoral de leur leadeur au vote des Noirs. Parmi eux, les Kakistans, avec leur drapeau vert, qui se rallient souvent au néonazisme, ainsi que des supporteurs sudistes esclavagistes qui ont perdu la guerre civile (1861-1865). Plusieurs parmi eux s’associent à la milice « Proud Boys ». Une seconde faction refuse les gouvernements démocratiques et les élites à qui il ne faut pas faire confiance. Leurs premiers porte-paroles font partie de la milice qui souhaite un gouvernement militaire (« Oath Keepers »). Cette faction est aussi composée d’anarchistes, dont les Krakens, convaincus que les élections sont truquées, et les « survivors » qui adoptent un concept de liberté plutôt préhistorique. Ces positions antipolitiques sont exacerbées par des théories conspirationnistes notamment de QAnon (les politiciens seraient, avec les acteurs d’Hollywood et les journalistes, des pédophiles qui immolent les enfants après en avoir abusé). Parmi les illuminés, il y aurait même des gens qui croient que Trump est le véritable Christ. Ceux-ci arborent des symboles de la bible contre le gouvernement des hommes qui représenterait le diable. Une troisième faction, observant autour d’eux qu’on fait de plus en plus de place aux femmes dans la société active, se sent précaire, étant convaincue que la société est en train de passer de patriarcale à matriarcale. Ces misogynes recherchent la fraternité masculine et militent dans divers mouvements, dont les radicaux « incel » (« involuntary celibate »). Une quatrième faction, encouragée par l’accès facile aux armes d’assaut, est issue de militaires qui ont participé à la guerre à l’étranger (Iraq, Afghanistan, etc.) et qui ne s’ajustent pas à la vie paisible ; ils conservent donc le goût du combat. Avec eux, une milice appelée « Guardians of the Republic », prétendument des descendants des 3 % d’Américains qui ont combattu les Britanniques. 

Toutes ces factions, extasiées par le culte Trump, refusent qu’on les force à porter le masque (ce qui a permis d’en identifier plusieurs) et partagent un ennemi commun : les médias, qui les traitent comme de vulgaires inadaptés dangereux. Quoiqu’il y avait, ce jour-là, des libertariens associés au « Tea Party », il est intéressant de noter que, contrairement à bien des révoltes, il ne s’agit pas d’un mouvement spontané de gens excessivement appauvris par un système économique qui ne récompense que la richesse.  (Inspiré par des entrevues de Fareed Zakaria, notamment celle avec Cynthia Miller-Idriss, auteure de « Hate in the Homeland; The New Global Far-Right » et Directrice du labo de recherche sur la polarisation et l’extrémisme, de l’Université américaine, Washington DC.) 

Qu’est qui va nous tuer ? (Hormis la COVID) 

Le sujet n’est pas gai, mais c’est occasionnellement utile de mettre nos connaissances à jour, surtout dans un domaine où les choses ont changé depuis notre présence sur les bancs d’école. Alors, voyons les causes de mortalité dans le monde. Sur les 55 millions de personnes qui meurent chaque année (approximation des années récentes), les causes de mortalité sont les suivantes. 

  • 80 % de la mortalité provient de la maladie, dont le cinquième est infligé à soi-même par les mauvaises habitudes, alors que presque autant tire son origine de la pollution de l’eau et de l’air :
    • les cardiopathies sont la première cause de mortalité à l’échelle mondiale (la seconde au Canada, mais la première lorsqu’on y inclut les accidents cérébrovasculaires) : 16 % de tous les décès dans le monde. La mortalité due à ces maladies a augmenté depuis l’an 2000, passant de 2 millions cette année-là, à 8,9 millions en 2019;
    • Les infections des voies respiratoires (complications en bronchopneumonie); constituent la maladie transmissible qui fait le plus de morts dans le monde (la troisième cause au Canada);
    • Les pathologies menant à la déshydratation et les affections néonatales suivent, au niveau planétaire;
    • Les cancers ont coûté la vie à 1,8 million de personnes en 2019, contre 1,2 million en 2000 (la première cause de décès au Canada);
    • Le suicide augmente à l’échelle mondiale. Au Canada, environ 11 décès chaque jour, ou 4 000 décès par suicide chaque année. Le suicide est la deuxième cause de létalité chez les jeunes adultes canadiens (de 15 à 34 ans);
    • Alzheimer et les autres formes de démence suivent; et
    • Le nombre d’hommes morts du diabète a augmenté de 80 % depuis l’an 2000, maintenant parmi les 10 premières causes de mortalité.
  • Les accidents, dont le cinquième causé par la route.
  • Les crimes violents : 3 %
  • La guerre, y compris les attentats terroristes : 2 %
  • Les catastrophes naturelles : 1 %

(Ces données sont le produit d’une réconciliation maison des sources suivantes : l’Organisation mondiale de la santé, « The Worldmapper Ltd », [« University of Sheffield », Grande-Bretagne en collaboration avec Mark Newman de « University of Michigan »), et Notre-planète.info http://www.notre-planete.info/actualites/4378-causes-mortalite-monde.) 

Enfin, selon l’Organisation mondiale de la santé, la pollution atmosphérique a été à l’origine de plus de 8 millions de morts en 2014, ce qui en ferait la tueuse #1 dans le monde, avec un bilan plus lourd que toutes les guerres actuelles, le SIDA, le Zika, l’Ebola et la malaria réunis. On parle ici d’émissions, lors de la combustion d’énergies fossiles, de particules fines, d’oxyde d’azote, d’ozone, de dioxyde de soufre et de monoxyde de carbone qui causent des problèmes cardiovasculaires, pulmonaires et de cancer. La pollution atmosphérique vient de trois principales sources : 

  • Les transports (plus de 50 %);
  • Les industries ; et
  • La combustion non industrielle.

La solitude des chefs 

Luc Lavoie soulève un sujet intéressant dans son livre intitulé « En première ligne : le parcours atypique d’un communicateur » (Éd. De l’Homme, 2018). Malgré qu’ils aient eu des désaccords vifs, Brian Mulroney et Margaret Thatcher ont conservé une amitié.  Monsieur Mulroney à la Dame de fer : « Bonne chance. Je ne vous oublierai jamais. Merci pour tout. » Luc souligne que les chefs d’État ont une solidarité particulière, car ils éprouvent une sorte de solitude dans leur nation. « Il se développe entre les chefs de gouvernement une relation unique parce qu’ils sont seuls ». En compagnie de leurs comparses, « (…) la solitude du pouvoir leur pèse moins. Ils peuvent avoir ensemble des conversations d’égal à égal qu’ils ne peuvent tenir avec personne d’autre et partager des émotions qu’ils sont les seuls à pouvoir vivre. »… au cas où ceci puisse vous être utile, un jour.

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