Publicité et information
Par Édouard G. Trépanier |
Non, je ne parlerai pas des messages commerciaux, mais plutôt du modèle d’affaires qu’est la publicité. À venir jusqu’à récemment, lorsqu’une entreprise comptait sur la vente d’espace ou de temps publicitaires pour la majeure partie de ses revenus, elle devait rejoindre le plus de monde possible …un auditoire large.
Lorsque la presse de Gutenberg (ou de la Chine, c’est selon) a commencé à imprimer, les gens se sont mis à lire. Bon, en fait, au bout de quelques siècles, la majorité des Européens savait lire. Lorsque la radio est arrivée, au début du XXe siècle, les propriétaires de journaux ont eu peur de perdre leur clientèle. Mais ils ont redoublé d’efforts et ont employé des journalistes respectés, afin de conserver leur crédibilité. La radio, ayant aussi pris une ou deux décennies à pénétrer les foyers, a eu une incidence plutôt restreinte sur les revenus publicitaires des journaux. Mais, percevant les journaux comme sa concurrence, la radio s’est mise à faire de même : informer adéquatement le public. D’ailleurs, elle n’a pas eu l’occasion de s’épivarder dans l’absurdité, car les gouvernements, ayant constaté l’ampleur du phénomène de la radiodiffusion (plus besoin de savoir ou de s’efforcer à lire), ont créé une réglementation qui veillait à ce que l’information soit authentique. La télévision n’a été qu’une extension de la radio, jusque là développée et maintenue dans la rigueur journalistique.
En somme, du XVe siècle à hier, la conversation de ceux qui s’intéressent à ce que deviennent leurs semblables était autour d’une même nouvelle, et le débat d’opinions; commun. Les opinions différaient, mais les faits demeuraient les mêmes. Et puis, l’Internet est arrivé. Il s’est infiltré rapidement dans les foyers parce qu’il permettait de communiquer entre abonnés et, en bonus, on y trouvait gratuitement une grande quantité de faits. Wikipédia en est devenu le fleuron. Pendant une dizaine d’années, les journaux, la radio et la télévision ne sont pas sentis menacés.
Mais depuis environ une dizaine d’années, quelqu’un a réussi à créer un plan d’affaires dans un Internet encombré de millions de sites et de sujets. Afin de se construire un public pour vendre de la publicité, il a conçu un système d’algorithmes couplé à un réseau qui pousse des publicités et des sujets (surtout émotifs et sans encadrement réglementaire) sur l’écran de celui ou celle qui n’a fait qu’un clic (sur une nouvelle surprenante, un scandale juteux, une publicité à propos ou une image séduisante). Résultat : Facebook, YouTube et même Google ont capté une grande partie du marché publicitaire, nécessaire à la survie des médias grand public. Bravo pour la créativité et le capitalisme, mais l’aboutissement s’avère plutôt déstabilisateur :
- L’Internaute s’isole dans une bulle d’info qui renforce une opinion (la sienne ou celle d’un manipulateur);
- Des malcommodes ou malfaiteurs s’amusent à créer de fausses nouvelles;
- Les médias sociaux les encouragent en partageant avec eux des revenus publicitaires;
- On a créé une nouvelle profession : « troll » habile à façonner des sites ou suites de nouvelles addictives, et dont les sources peuvent paraître légitimes;
- Désinformer devient un « business » qui rapporte des revenus publicitaires : inventez une histoire choquante et devenez riche;
- Ceux qui craignent, par exemple l’immigration, deviennent xénophobes, anti-immigration et ensuite suprémacistes;
- Le consommateur victime, devenu toxicomane, se radicalise;
- Sa peur se transforme en colère;
- La colère devient une habitude quotidienne;
- Avec des faits alternatifs, les sujets de conversations et les débats gravitent dans un espace sans autorités crédibles, sans culture civique et même sans morale;
- Les victimes devenues des marionnettes participent joyeusement en répliquant les absurdités;
- La perception du monde, de la civilisation, de l’humanité devient distordue;
- Les disciples d’une réalité parallèle s’identifient à une culture pourtant contrefaite, mais devenue la leur;
- Et comme plusieurs sont prêts à mourir au nom de leur identité, la stabilité sociale est menacée.
Comme Voltaire l’écrivait au XVIIIe : « Ceux qui peuvent vous faire croire à des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. »
(Cet article est inspiré du bouquin d’Anne Applebaum, intitulé : « Twilight of Democracy: The Seductive Lure of Authoritarianism »)
Éducation et égalité des chances
« Les Assises de Nunaliq » décrit le fondement d’une société égalitaire, mais aussi, capitaliste. Nous savons qu’il n’existe pas de société où tous sont parfaitement égaux. Mais, ceux qui méritent le moins de souffrir de l’inégalité générale, ce sont les enfants. Ils n’ont pas demandé de venir au monde et les voilà plongés dans divers milieux socio-économiques sans fautes ni volonté de leur part. C’est pourquoi je préconise l’égalité des chances en éducation, au moins jusqu’à 18 ans. Ceci signifie que l’éducation soit pleinement subventionnée jusqu’à la fin de l’école secondaire. À noter que pour des raisons de religion ou de douance, les élèves d’un système public unique peuvent toujours suivre des formations supplémentaires, aux frais des parents.
Comme l’UNESCO l’écrit dans un rapport récent sur l’éducation (https://gem-report-2021.unesco.org/fr/accueil/) : « Les gouvernements doivent partir du principe que les établissements scolaires, les étudiants et les enseignants font partie d’un seul système. » On peut contester ce point de vue, mais il est probable qu’un système d’éducation unique représente un meilleur espoir d’égalité des chances. Cela amène le débat sur le financement de l’éducation publique, privée et des écoles qui choisissent leurs élèves, généralement les plus doués. S’il existe divers paliers de systèmes scolaires, qui doit en faire les frais ? La population assume les frais de l’éducation publique avec ses impôts. Est-ce juste envers tous d’assumer, en plus (ou aussi selon la façon de compter), une partie des frais des écoles qui choisissent certains élèves et refusent les autres ? Le financement des écoles devient donc une question de justice sociale (https://fr.unesco.org/gem-report/node/2930).
La mission du « Mouvement École ensemble » qui inspire cet article me paraît être un combat visant l’égalité des chances en éducation, quelle que soit l’origine socio-économique des enfants. Ce mouvement est soutenu par la Fondation Lucie et André Chagnon depuis 2020. (Divulgation : j’ai étudié à l’école privée et j’ai travaillé sous la direction d’André Chagnon.)
Est-ce que notre consommation tue ?
Selon une étude récente de « Environment Research » (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0013935121000487), dont les références me semblent sérieuses (https://www.sciencedirect.com/journal/environmental-research/about/editorial-board), la mortalité due à la pollution de l’air est d’environ 10 millions de personnes par année (https://lrb.co.uk/the-paper/v43/n23/david-wallace-wells/ten-million-a-year) …beaucoup plus que la COVID-19.
Évidemment, les taux de mortalité sont plus élevés là où le développement industriel est rapide (Chine, Inde, certains pays de l’Europe de l’Est et Asie du Sud-Est). En plus de ces millions de morts prématurées, la mauvaise qualité de l’air a un impact sur le développement de l’enfant et sur la performance scolaire. Ça se passe ici aussi.
Les Québécois peuvent connaître la qualité de l’air qu’ils respirent en direct sur cette carte :
https://www.iqa.environnement.gouv.qc.ca/contenu/index.asp. On semble se contenter souvent d’une qualité de l’air désignée comme « acceptable », ce qui ne représenterait que « peu » de risque pour la santé. Est-ce suffisant pour vous ? J’ai décidé de faire ma très petite part pour ne plus empoisonner ceux qui circulent autour de ma voiture. Ma prochaine auto sera électrique.



Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !