Démocratie et Internet (médias sociaux)
Par Édouard G. Trépanier |
Ces jours-ci, une lanceuse d’alerte, du nom de Frances Haugen, dénonce l’inaction de Facebook, Instagram et WhatsApp, devant un comité sénatorial américain. Non seulement le propriétaire et président de l’entreprise laisse la Russie empoisonner les pays démocratiques avec de la désinformation (provenant aussi de la Chine, l’Iran et la Corée du Nord, avec moins d’ardeur), mais en plus, ces plateformes numériques génèrent des algorithmes qui enferment leurs clients dans une bulle de bobards bidon. En outre, Facebook possède des études qui confirment les effets néfastes de ses activités sur la démocratie, mais garde secrets les résultats de ses recherches. Pire, ces plateformes sont de plus en plus utilisées par des gouvernements autoritaires afin d’isoler et d’opprimer les opposants, donc avec l’accord tacite de Facebook. (Source CNN)
Ces gouvernements totalitaires développent une panoplie de moyens pour contrer l’effet démocratisant de l’Internet. Par exemple, après avoir appris de la Chine, la Russie construit actuellement un Internet russe parallèle qui recèle un grand nombre de murs de protection (pare-feu) qui réachemine les recherches du public vers une propagande subtile. En même temps, la Russie ralentit l’accès aux plateformes et aux fournisseurs de logiciels qui ne se conforment pas aux voeux du Kremlin. Par exemple, le Mac App Store et le Google Play ont volontairement retiré de leur offre une application, qui permettait de contourner des pare-feu, pour s’informer sur le parti de l’opposant Alexeï Navalny (opposant politique emprisonné après une tentative de meurtre manquée). Enfin, une loi russe oblige les plateformes ayant plus de 500 000 adeptes au pays d’employer un certain nombre de Russes… des gens plus faciles à contrôler. (Source BBC)
Lorsque l’on combine ces révélations avec les renseignements des autorités américaines qui confirment la désinformation systématique russe, on comprend mieux qu’une partie importante de la population américaine soit tellement chauffée à bloc, que la raison n’y a plus sa place. Comment comprendre que des gens meurent du COVID en étant convaincus que ce n’est pas le COVID qui les tue ? Comment est-ce possible que, malgré les preuves étoffées, des gens soient certains que le vaccin est inutile et perfide ? Comment croire que d’honnêtes travailleurs de la santé publique soient régulièrement menacés de mort, parce qu‘ils essaient de sauver des vies ? Comment se résigner au fait que la société américaine, pourtant si disciplinée et rationnelle après la Seconde guerre mondiale, soit devenue si disloquée que ses concitoyens se menacent de violence terroriste ?
« Les Assises de Nunaliq » tente de remettre le pendule à l’heure, quant aux concepts qui ont jusqu’ici permis le progrès de la civilisation. L’oeuvre offre maints points de repère à ceux qui, dans la confusion, cherchent à garder les deux pieds fermement sur terre. Nous traversons une époque où les dictateurs déploient d’intenses efforts pour discréditer notre démocratie en panne de créativité. Les dangers de voir la civilisation reculer sont considérables. C’est aussi pourquoi « Les Assises » propose une démocratie renouvelée.
Indices de décadence d’une société
Bon, il existe plusieurs de ces indices dans différents domaines : économie, gouvernance et sociologie. Mais tous sont historiquement liés, selon l’oeuvre de Jared Diamond intitulée « Collapse: How Societies Choose to Fail or Succeed », ou traduit librement : « Le choix d’une société : progrès ou décadence ».
- Une croissance rapide de la population oblige la nation à consacrer trop de surface à l’agriculture. Il en résulte un appauvrissement des sols et un déséquilibre de l’écosystème. Le manque d’eau potable qui suit devient un problème existentiel.
- Corollairement, lorsqu’il n’y a plus suffisamment de forêts, on assiste à l’assèchement et à l’érosion des sols. L’équilibre entre le couvert forestier et l’exploitation des sols devient une question de société.
- Si les difficultés à obtenir les ressources nécessaires entraînent le conflit entre citoyens, d’abord au niveau des idées, mais qui glisse ensuite hors du corridor démocratique, il est plausible qu’une telle société s’approche de l’effondrement de ses institutions.
- Tout conflit armé entre factions d’une même nation crée des zones territoriales dangereuses où ce n’est pas possible de cultiver et de produire pour la consommation. La conséquence : misère et famine.
On se demande comment les rois et les nobles du temps ont pu ne pas reconnaître les indices de déclin énumérés ci-dessus. Nos dirigeants sont-ils comme eux, préférant ne porter attention qu’au court terme : les victoires, l’extraction des ressources pour le profit et quelques monuments pour épater la galerie ? De grandes civilisations, les Mayas par exemple, sont ainsi disparues. « Les Assises de Nunaliq » fait acte de foi et d’espoir, car nous sommes capables de faire mieux. Que choisirons-nous ?
N. B. S’il n’y a pas de parti politique qui tienne compte des leçons de l’histoire, il faut en créer un.
Parti politique à point de vue unique
Au Canada, comme dans d’autres nations modernes, il existe des partis politiques qui ne défendent qu’une idée : les partis verts par exemple. Dans d’autres nations démocratiques, un parti antiavortement pourrait bien se retrouver au pouvoir. Chez nos voisins du sud, l’un des deux grands partis semble maintenant ne militer que pour l’enrichissement des riches.
Pourtant le pouvoir requiert de multiples prises de position pour le bien du peuple, en fonction d’un grand nombre de domaines, en particulier la survie et la sécurité de tous, la cohésion sociale, le développement économique, tout en n’ignorant point les problématiques de long terme comme l’inégalité sociale et le réchauffement climatique, et tout ça en jonglant avec la surprise quotidienne des événements et circonstances qui surgissent.
Seriez-vous tranquilles de savoir que les pilotes de l’avion dans lequel vous voyagez ont bien appris à décoller et même à atterrir, mais ne savent pas comment réagir, s’il advient un imprévu ?



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