Qu’est-ce que le fascisme ?
Par Édouard G. Trépanier |
Comme certaines nations démocratiques semblent glisser vers le fascisme, je crois utile d’en identifier les caractères et les stratégies de mise en œuvre, afin que nous gardions l’œil ouvert.
Selon Larousse, le fascisme est « un régime politique fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste ayant une attitude autoritaire, arbitraire et violente. » Voyons maintenant comment le fascisme utilise la démocratie.
Le candidat au leadership fasciste (sa personnalité exerce toujours un certain charisme) rejette le marxisme, le libéralisme, l’individualisme, le féminisme, l’humanisme et la démocratie, celle-ci étant présentée comme inefficace et incapable de défendre le peuple. Il mise sur les frustrations populaires et invoque un patriotisme affaibli auquel il faut redonner sa grandeur. Le peuple a souvent tendance à élire celui qui parle le plus fort et qui présente des solutions simplistes. « Rendus à ce point, nous préférons qu’on nous dise quoi faire plutôt que de réfléchir. C’est le début du fascisme. » (Madeleine Albright, « Fascism: A Warning », Éd. HarperCollins, 2018) Après avoir convaincu les militants qu’ils ont perdu leur éclat (confort, richesse) avec les politiciens traditionnels, le candidat flamboyant canalise la rage moussée contre tous ceux qui pourraient faire obstacle sur sa route vers le pouvoir.
Rendu en poste, le fasciste en herbe adopte des techniques reconnues pour conserver le pouvoir : identifier des boucs émissaires élevés en ennemis de la nation, soit les étrangers, des races autres, des religions minoritaires, les médias (« fake news » ou « lying press » chez les nazis) et les démocrates. Il discrédite les autres nations et préconise l’isolement. Il combat la vérité comme étant l’opinion des détracteurs. Une vieille tactique éprouvée consiste à blâmer vigoureusement ses adversaires pour la violence commise par ses propres militants. Il tente ensuite de contrôler les autres branches du pouvoir : les chambres de la législature et le secteur judiciaire. C’est alors que « (…) les politiciens centristes sont tellement ébranlés par ses tactiques brutales, qu’ils demeurent divisés : le centre s’effondre. » – « Mussolini disait : jamais auparavant le peuple n’a eu autant soif d’autorité, de direction et d’ordre. » (Madeleine Albright, « Fascism: A Warning », Éd. HarperCollins, 2018). Comme les symboles nationaux ne représentent plus l’histoire et la tradition, on les met au service du leader. C’est ainsi qu’Hitler utilisait l’image du Bundestag et que Trump faisait ses discours électoralistes devant la Maison-Blanche. On se souviendra peut-être aussi d’un certain Harper qui utilisait les forces militaires canadiennes comme décors dans ses messages politiques. Une grande faction du peuple finit par voir l’audacieux personnage comme un véritable sauveur de la nation. Joseph Goebbels, le propagandiste en chef des nazis, disait que son œuvre était davantage de l’art que de la politique, tout en rejetant ce que les politiciens précédents avaient accompli. On en arrive ainsi à créer un mythe que les croyants observentavec ferveur. Cette nouvelle secte ne peut pas changer d’opinion, car la foi s’intègre à l’identité de ses adeptes. On préfère souvent mourir que de renoncer à son identité. La recherche de domination écrase alors celle de la liberté.
L’assaut final contre l’opposition se décline avec l’armée privée du leader, une milice qui commet des actes clandestins et sème la terreur. Légitimée, elle devient la garde présidentielle. Les gardiens habituels de l’ordre, policiers et militaires, deviennent divisés et infiltrés par les supporteurs du leader qui finissent par lancer des purges pour se débarrasser des défenseurs de la constitution, de la liberté et de la démocratie. C’est ainsi que le fasciste obtient l’adhésion au point d’obtenir des résultats électoraux (selon sa façon de compter le scrutin) de plus de 95 %.
« (…) lorsque quelqu’un choisit de combattre le fascisme, il a une main attachée dans le dos, parce que la vérité est beaucoup plus complexe à expliquer que les simples histoires mythiques qui renforcent les croyances et qui sont divertissantes. » (Jason Stanley, Professeur de philosophie à l’Université Yale, interviewé par By Sean Illing, le 19 septembre 2018, dans le Magazine Vox). Rendu là, il ne reste que la guerre civile ou un mouvement démocratique suffisamment organisé et audacieux pour faire un contrecoup d’État. (Fareed Zakaria vient de produire, pour CNN, un excellent documentaire sur le sujet : « The Fight to Save American Democracy »)
Climat et migration
Bonne nouvelle pour ceux qui craignent la surpopulation : depuis le début de la pandémie de COVID, la population mondiale aurait diminué. Récemment, une entrevue à l’émission de Fareed Zakaria « GPS » concluait qu’il y aurait environ un tiers de la population de la Planète qui allait se déplacer à cause des changements climatiques d’ici la fin du siècle. Nos enfants ou nos petits-enfants seront encore là. D’ici 50 ans, 1,5 milliard de personnes pourraient devoir fuir des températures aussi chaudes que celles du Sahara (20 millions d’humains sont déjà contraints à l’exode climatique chaque année). « Il s’agit du plus grand bouleversement connu de la vie humaine sur Terre — alors qu’elle ne s’est réchauffée « que » de 1°C. Nous sommes partis pour 3°C. » (AVAAZ, 7 septembre 2021) Le New York Times Magazine du 20 juillet 2020 (Abrahm Lustgarten) écrivait que 1 % du territoire est inhabitable, parce que trop chaud. Cette zone passera à 19% en 2070, incluant presque l’entièreté du Vietnam, du Cambodge, la majeure partie du territoire indien, la moitié du Japon et presque toute l’Amérique latine équatoriale. Le sud de l’Asie, le quart de la population mondiale, est la région du monde où il y aura bientôt prévalence d’insécurité alimentaire. Je ne fais référence ici qu’au phénomène de chaleur trop intense. La hausse du niveau de la mer détruira en outre non seulement des récoltes, mais aussi des régions urbaines. La majorité des déplacements de population s’effectuera à l’intérieur des pays touchés, si leur économie est capable d’absorber de telles transformations. Par contre, là où les migrants ne pourront améliorer leur sort à l’intérieur de leurs frontières, ceux-là chercheront les pays plus riches, les moins troublés par les changements climatiques (là où il y a de l’eau en abondance) et les nations les plus tolérantes.
Le Canada et le Québec sont choyés par un climat tempéré, de hauts plateaux habitables, une abondance d’eau et une gouvernance démocratique. Lorsqu’on parle d’immigration massive, il existe une certaine résistance ou simplement un inconfort dans la population. C’est pourquoi les politiciens n’ont pas tendance à moderniser les lois sur l’immigration, puisqu’ils n’ont aucun vote à gagner. Comme pour tant de problèmes, allons-nous balayer sous le tapis les préoccupations concernant cette crise en gestation ? Pourtant, un gouvernement proactif pourrait tourner les inconvénients de l’immigration en avantages. Mais il faut alors se préparer de longue date.
Nous devons mettre en œuvre des lois et politiques d’accueil généreuses et pleines de compassion pour ceux qui souffrent horriblement. C’est ainsi que, sur la scène internationale, nous serons perçus comme une société ouverte qui ne cherche pas à s’isoler du reste du monde (une attitude qui serait perdante au final). Nous devons prendre de nombreuses mesures comme déplacer des fonctionnaires pour aller recruter les gens dont notre économie a besoin, orientant du coup notre soutien aux immigrants qui parlent notre langue et qui possèdent le potentiel de s’adapter à la vie en pays post-industriel. Nous devons fournir une aide économique (le cas échéant, une aide humanitaire) aux nations qui pourraient gérer leur propre migration à l’interne, de façon à ce que les gens demeurent le plus possible dans leur pays d’origine. Lorsque les migrants sont rendus à nos frontières, il est trop tard. Nous devons contrôler nos frontières afin de limiter la présence d’illégaux sans-papiers qui embourberait le système judiciaire, créerait un marché de travailleurs indignement traités et alourdirait les programmes d’aide aux démunis. Le contrôle des frontières permet en outre de mesurer l’influx afin de réagir de façon adéquate. Une fois entrés au pays légalement, nous devons consacrer toutes les ressources nécessaires à rendre ces gens « employables » (subsistance, langue, habiletés sociales et formation). Nous devons les relocaliser dans nos régions qui bénéficieraient de main-d’œuvre et dont la capacité d’accueil est proportionnellement mieux préparée qu’en ville, où on abandonne souvent les nouveaux venus qui n’ont de refuge qu’en s’agglomérant dans des ghettos.
Il en va de notre cohésion sociale, de notre culture, des droits de la personne et de nos mœurs humanistes. Notre État doit participer aux initiatives internationales dont l’objet est d’éviter que des gens soient découragés (sans savoir d’où viendra leur prochain repas). Même contrôlées, nos frontières ne pourraient retenir les foules qui n’ont plus rien à perdre.
Le défi est de taille. Mais si nous ne le relevons pas avec cohérence, nous serons inéluctablement victimes de la peur qui mène aux croyances irrationnelles et ensuite à la déstabilisation politique et sociale. Nos enfants nous reprocheront de les avoir abandonnés dans une société où la pauvreté abjecte voisine les nantis qui mangent encore à leur faim. Le choix est le nôtre, maintenant. (https://www.nytimes.com/interactive/2020/07/23/magazine/climate-migration.html)
Conclusion
« Les Assises de Nunaliq » soulève les sujets de l’immigration et du déclin de la démocratie parce que ces domaines me préoccupent et parce que je crois que nous n’y prêtons pas suffisamment attention. D’une part, nous sommes très occupés avec la vie de tous les jours qui exigent de consacrer notre énergie à notre intérêt personnel et d’autre part, nous nous demandons comment nous pourrions influencer le cours des événements.
Je pense qu’au minimum, nous pourrions nous renseigner davantage sur les quelques sujets qui nous paraissent prioritaires. Nous pouvons ensuite en parler entre amis et en famille. Ceux parmi nous qui ont une influence, si limitée soit-elle, sur l’opinion publique et sur nos dirigeants devraient en faire des « leitmotive » qui vont finir par attirer l’attention de nos politiciens.



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