Une des causes de dégradation de la démocratie 

Par Édouard G. Trépanier |

Que ce soit l’« Intelligence Unit » du groupe « The Economist », « Vdem Institute »  (https://www.v-dem.net/fr/) et même l’organisme américain « Freedom House »   (https://freedomhouse.org), ceux qui analysent l’évolution de la démocratie sur Terre constatent un recul depuis quelques années (voir infolettre du 12 février dernier).  On peut  identifier certaines causes à ce dangereux déclin.  Je les regroupe toutes sous le thème  suivant : l’inaptitude des personnes qui gouvernent (ou y aspirent) à s’adapter à l’époque  actuelle (les communications numériques, la connaissance en base de données, la délocalisation  postindustrielle, l’économie associative, etc.).  Le populisme qui en découle n’est qu’une  manifestation symptomatique de cette dichotomie bien ressentie. 

Un des indicateurs tout près de l’électeur, c’est la mission (programme politique) que les  partis politiques conservateurs s’attribuent.  Le conservatisme, souvent établi en réaction  à l’action politique jugée trop risquée (audacieusement progressiste) préconise  traditionnellement la liberté de l’individu par opposition à une règlementation de trop  d’aspects de la vie courante.  Le conservateur typique fonde sa philosophie sur la famille  traditionnelle comme noyau social, ainsi que sur l’économie de marché parfaitement  concurrentielle.  Mais à mesure que la réalité d’hier s’estompe, et parce que les partis plus  progressistes se sont hissés au centre des tendances sociales, afin de conserver le pouvoir,  les partis conservateurs perdent leur clientèle. 

Dans ces circonstances, le conservatisme a allongé sa prédilection pour la famille, jusqu’à  la lutte à l’avortement et aux mouvements de diversification de la sexualité (LGBTQ).  Les interdictions se multipliant dès lors (on doit surveiller les individus dans leur vie privée), le  conservateur renonce à l’idée d’un gouvernement de taille restreinte qui alloue un  maximum de liberté à l’individu.  En outre, les déficits accumulés des gouvernements conservateurs, malgré une austérité imposée, n’ont pas rassuré la classe moyenne quant à  leur vertu de prudence fiscale.  Le parti politique conservateur, n’ayant plus tellement de  causes à défendre sauf la fortune des fortunés, trouve alors moyen de survivre en  s’accrochant à des idées du passé.  Victime de l’érosion (évolution ?) de ses idées  fondatrices, le conservateur verse dans le dogmatisme religieux, le populisme anti immigration, raciste à l’occasion, et cherche férocement des ennemis à abattre (par opposition à des rivaux politiques). Enfin (actuellement aux États-Unis et ailleurs), ayant  délaissé le pragmatisme, l’opposition à tout ce que l’on propose perd toute cohésion, en  particulier avec des projets pourtant conservateurs. C’est ainsi que, emmuré, il s’associe  aux franges extrémistes, tombe dans l’obscurantisme, la misogynie et le  conspirationnisme, jusqu’au délire tous azimuts. De leur côté, les partis progressistes  abandonnent les projets audacieux afin de rester le plus possible au centre de l’opinion  publique.  Les idées nouvelles n’ont finalement plus de véhicule politique.  Que reste-t-il à  ceux qui croient qu’il est préférable de se préparer intelligemment à demain, plutôt que de  fixer le rétroviseur ? Drôle de théâtre : un parti défend la démocratie, l’autre pas (voir  Fareed Zakaria, GPS du 21 février 2021).

Démocratie 3.0 

La démocratie classique ou antique a, depuis longtemps, fait place à la démocratie dite  libérale ou moderne.  Comme décrits ci-dessus, et dans de nombreuses publications qui  déplorent la montée du populisme et du fascisme, la démocratie du XXe siècle ne suffit  plus.  Elle aura servi à accorder le vote universel.  Mais qui, au XXIe siècle, veut se  contenter du vote aux quatre ans ? 

Alors voici la démocratie que je vous propose dans « Les Assises de Nunaliq », celle que  nous devons exiger dès maintenant.  D’abord, il nous faut conserver les caractères qu’on  lui a attribués au cours des 25 derniers siècles : la liberté individuelle, la règle de droit,  l’équilibre entre l’unité et la diversité par la tolérance, la séparation des pouvoirs législatif,  exécutif et judiciaire, la liberté d’expression et de la presse, le respect des institutions, le  débat civil d’échange d’opinions, ainsi qu’un pacte social qui relie ce qui précède par l’adhésion du peuple, confirmant ainsi la légitimité du régime.   Mais en plus, la démocratie 3.0 requiert un élargissement de la consultation populaire au delà des élections périodiques en utilisant des mécanismes comme le référendum, les  rencontres populaires avec les élus (« Town Hall »), les pétitions de contestation de  règlements ou de lois, un mécanisme de destitution, etc.  Une démocratie représentative, mais aussi directe, permettra à quiconque, qui pourrait avoir une contribution utile, de  participer officiellement au débat public.  Les moyens numériques de communication et  de collaboration en ligne permettent maintenant l’élargissement de la participation.  En  réinstallant le citoyen au centre de la politique, les politiciens pourront river leur regard  ailleurs que sur l’intérêt financier des Titans.  En procédant ainsi, les représentants du  peuple devront expliquer et même justifier leur point de vue et leur vote.  Ils ne pourront  plus s’esquiver de leurs constituantes.  Conséquences de la démocratie participative, le  citoyen se rapprochera du pouvoir, les renseignements dont les politiciens disposent  seront plus accessibles, le peuple créera un contrepoids au lobby des entreprises, plus de  gens apprendront à débattre constructivement, la gamme de solutions s’accroitra, le  citoyen gagnera en confiance personnelle, la jeunesse se rapprochera de la politique, la transparence de l’État sera accrue, l’essence des débats traversera les frontières vers la discussion planétaire, là où les Titans règnent, et nous nous rapprocherons petit à petit de  la « Wikidémocratie » ou « Wikicratie » (https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikicratie).

Lecture de livres 

…un sujet connexe, mais incontournable.  Je pense qu’à peu près tout a déjà été écrit, mais  les formats varient.  Ceux qui se donnent la peine d’écrire un livre sur un sujet donné ont à  la fois le loisir de faire de la recherche pour fonder leurs affirmations, ainsi que du temps  (contrairement aux chroniqueurs et journalistes) pour décanter leurs points de vue afin que le  résultat soit suffisamment nuancé. 

En 2016, l’entreprise de sondage Nielsen a publié un rapport selon lequel l’Américain  moyen (nous ne sommes pas très différents) consacre 10 heures par jour à consommer des médias (radio, TV et autres appareils électroniques).  Il s’agit donc de 65 % du temps moyen  d’éveil d’une personne devant une constante attaque à la concentration (durée suffisante  pour aborder et terminer une réflexion). 

Par ailleurs, un article du magazine « Business Insider » publiait la même année que Bill  Gates lit environ 50 livres par année, Mark Zukenberg entre 25 et 30, Elon Musk a  longtemps lu deux livres par jour, Mark Cuban (chaîne de théâtre Landmark, studio Magnolia  Pictures & l’équipe de basketball Mavericks de Dallas) trois heures par jour, Arthur Blank  (Home Depot) deux heures par jour et Warren Buffet, 500 pages par jour. En terme neurologique, les consommateurs de médias électroniques dépenseraient plus  d’énergie que les lecteurs de livres.  C’est peut-être de là que provient l’énergie pour  réfléchir !  (Source : Philip Yancey, https://www.washingtonpost.com/news/acts-of faith/wp/2017/07/21/the-death-of-reading-is-threatening-the-soul/)

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