Les inégalités croissantes 

Par Édouard G. Trépanier |

Comme chaque année, on publie des rapports sur les inégalités entre les riches et les pauvres.  En janvier 2020, le nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales (2021 n’est pas sorti) résumait ainsi la situation : 

  • Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population (6,9 milliards de personnes). 
  • Les milliardaires du monde entier, c’est-à-dire seulement 2 153 personnes, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes (60 % de la population mondiale). 
  • Si quelqu’un avait pu économiser l’équivalent de 10 000 $ par jour depuis la prise de la Bastille (14 juillet 1789), il n’arriverait aujourd’hui qu’à 1 % de la fortune des plus riches. 
  • Dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses de plus que les femmes.  Pourtant, celles-ci assurent plus des 3/4 du travail domestique non rémunéré et comptent pour 2/3 des travailleurs dans le secteur du soin. 
  • Les 2/3 des milliardaires tirent leur richesse d’une situation d’héritage, de monopole ou de népotisme. 

Autre présentation imagée : dès les 2 ou 3 janvier, la moyenne des chefs des grandes entreprises au Canada a gagné le salaire annuel moyen du travailleur, dans le courant de l’avant-midi. 

Qu’il y ait des riches et des pauvres, non seulement on s’en accommode, mais le gros bon sens nous convainc que cette réalité nous procure des objectifs, matérialistes d’abord, mais aussi de créativité, et peut même nous pousse à nous instruire davantage.  Mais, là où le vase déborde, c’est quand l’inégalité devient indécente (choquante, amorale, scandaleuse, obscène ou révoltante, selon votre sensibilité) ou autre qualifiant qui signifie que l’humain normal a de la difficulté à concevoir qu’on se conduise ainsi.  À l’indécence, s’ajoute l’aggravation de la situation : 

  • Le nombre de milliardaires a doublé depuis la crise financière de 2008. 
  • Le revenu médian de la classe moyenne, entre 1970 et 2005, a légèrement augmenté, mais essentiellement grâce au fait que l’homme et la femme du couple travaillent maintenant tous les deux.  Sans quoi, ce revenu médian aurait diminué de façon importante.   
  • Enfin, l’endettement familial et national s’est accru.  

Comme un élastique, à force de l’étirer, on s’expose à une cassure.  Cette brisure pourrait se décliner par des sentiments de rage, de désespoir et de violence.  C’est pourquoi la direction des grandes institutions du capital mondial (Fonds monétaire international et Banque mondiale) tente timidement d’avertir ses disciples de l’avènement de ce point de rupture.  Qui se lancera dans l’aventure des réformes et des correctifs ?  Aucun privilégié ne veut être le premier, de peur d’être puni par les Titans.  Pourtant, il semble certain que le laissez-faire est la moins prudente des stratégies. 

L’Identité 

Les Québécois en parlent plus que d’autres peuples.  Mais de plus en plus de nations y songent.  Peut-être parce que les migrations croissantes la remettent en question, alors qu’on craint la perdre et que d’autres ignorent en avoir une.  Parmi eux, une faction dira qu’il s’agit d’une question réactionnaire, au point de désigner le sujet de tabou.  Qu’en est-il ?  En avons-nous besoin ?  Est-ce utile ?  Pour savoir, je prends l’exemple de la personne frappée d’amnésie totale.  Elle a perdu ses souvenirs et ne reconnait plus des siens.  Dès que cet étrange état se prolonge plus de quelques jours, l’amnésique montre de la tristesse, une confusion plus ou moins intense, de l’anxiété, des difficultés à établir et à maintenir des relations, de l’embarras, des signes de dépression, de la détresse, allant jusqu’à des comportements autodestructeurs de dépendance, des troubles d’adaptation, d’agitation, une réactivité émotionnelle accrue qui peut aller jusqu’à la perte de contact avec la réalité (source : Manuel Merck de diagnostic et thérapeutique).   

Quant à l’identité à un groupe social, Abraham Maslow a déterminé que l’humain a besoin du sentiment d’appartenance à un groupe, ne serait-ce que pour sa protection, un besoin de communiquer avec des gens qui ont des points de vue semblables, d’un environnement social harmonieux, ainsi que de l’estime des autres ; tout ça afin de s’épanouir.  Pour un grand nombre, l’identité sociale existe par une langue commune, des moments-clés d’Histoires partagés, une fierté de l’accomplissement de ses ancêtres, ainsi que le patrimoine visible qui en découle.  Cet ensemble détermine ce que l’on appelle « sa culture ».  Mais voilà : sa propre culture n’est pas supérieure à celle des autres.  Avec la venue de personnes de cultures autres, il est donc maintenant nécessaire d’accepter un concept enrichi de « l’identité », si l’on veut éviter ressentiments, conflits, guerres et atrocités.  Que reste-t-il alors de son identité propre à laquelle nous tenons, que l’on ne veut absolument pas voir disparaître ?  « L’AVENIR ».  La culture n’a de choix que de s’appuyer sur le passé.  Mais, l’identité doit désormais incorporer les projets communs, le développement économique, la vision du « vivre ensemble », enfin, une image de la société dans laquelle on veut se dévouer.  Compte tenu des migrations massives auxquelles nos enfants feront face, la seule identité maintenant acceptable et inclusive est celle qui se fonde autour du partage des aspirations, des rêves, des intentions, des ambitions, en fait un plan articulé : une destination partagée… un projet de société.  

Le monde va-t-il vraiment mal ? 

Il s’agit de regarder le bulletin de nouvelles à la télé ou de lire les publications périodiques pour s’en convaincre (c’est pire sur les médias dits sociaux).  Or, si l’actualité n’était pas un bon moyen d’évaluer l’humeur de l’humain ?  Le livre, ce médium qui renvoie une image géographiquement large sur une période plus longue que l’année en cours, celui pour lequel l’auteur a fait sa recherche avec sérieux, pourrait-il exposer un point de vue diamétralement opposé à l’actualité médiatisée ?  Eh bien oui ! 

Par exemple, plus de 20 % de la population de la Planète s’est sortie de la pauvreté abjecte dans les trois décennies récentes.  Pendant la même période, la mortalité infantile a diminué de moitié.  Le travail des enfants s’est résorbé de 40 % en 20 ans.  Presque tous les enfants sont maintenant vaccinés contre les maladies fatales et répandues.  Globalement, on fréquente l’école de plus en plus longtemps, donc l’analphabétisme recule.  La différence de niveaux scolaires entre les garçons et les filles diminue constamment : elle n’est plus que d’une année.  Il n’y a maintenant que la moitié des guerres qu’il y avait en 1990.  Quatre-vingts pour cent des humains ont accès à l’électricité.  La couche d’ozone, qui nous protège des rayons cosmiques, s’est pour ainsi dire entièrement reconstituée.  L’esclavage est presque disparu.  En moins de 100 ans, l’espérance de vie sur Terre est passée de 50 à 70 ans.  On peut déjà produire assez de nourriture pour nourrir le monde entier, malgré sa croissance démographique.  Avec l’entraide internationale rapidement déployée, les désastres naturels causent 75 % moins de mortalités qu’au siècle dernier.  Et tout cela grâce à l’action de l’État national et des institutions internationales qu’on a créées.  (Source : Le livre « Factfulness : Ten Reasons We’re Wrong About the World—and Why Things Are Better Than You Think » de Hans Rosling, Anna Rosling Rönnlund et Ola Rosling, ainsi que le magazine Internet« Vox », du 22 octobre 2018 et un TED d’avril 2018 de Steven Pinker) 

Cela dit, la pauvreté semble progresser à nouveau depuis l’arrivée de la pandémie.  En outre, un relâchement des efforts visant à améliorer le monde sous tous ses aspects pourrait signifier un recul des sociétés, comme cela s’est produit à diverses périodes de l’Histoire.  Ne cédons surtout pas au pessimisme ! 

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