Le bien, le mal et la tendance

Par Édouard G. Trépanier |

Le bien contre le mal : le sujet le plus ancien de la littérature. Même si l’on représente le bien par les paraboles bibliques, la leçon de bon aloi, les traités philosophiques, les romans ou les chansons, on doit poursuivre la lutte visant à contenir le mal ; par la loi, les religions, la moralité et l’éthique.

Mais les préceptes de la loi et des religions ont leurs propres limites. Ils peuvent difficilement prévoir toutes les circonstances, tous les événements, toutes les éventualités et le comportement de tous les humains. C’est pourquoi une moralité (ou éthique) personnelle nous aide à nous faire une idée et, s’il le faut, à prendre nos décisions. Nécessaire à toute cohésion sociale, cette moralité individuelle doit être mutualisée.

Il arrive toutefois que la morale publique reconnue dérape vers la déviance. Par exemple, il semble qu’en Iran, la « police de la moralité » viole régulièrement les hommes et les femmes qu’elle emprisonne. Dans d’autres nations autoritaires, on exécute ceux que l’autorité soupçonne d’un méfait ou de lèse-majesté. Au nom de la morale du dictateur, les opposants politiques disparaissent. Dans quelques pays démocratiques, on tente de retirer des droits, pourtant exercés dans l’intérêt public depuis longtemps, comme l’homosexualité, la contraception et l’avortement même en cas de viol ou d’inceste.

Selon plusieurs, mais sans aucune étude à ma connaissance, des groupes ayant de plus en plus d’adhérents se cristallisent et prêtent, à l’adversaire, des intentions maléfiques comme sympathiser avec le représentant du mal : Satan. Voilà qui campe un antagoniste dans le conflit ultime : celui qui fait de l’ennemi quelqu’un qu’il faut tout bonnement éradiquer de la surface de la Terre, car il ne mérite pas de vivre. Source de nombreux massacres, les guerres de moralités n’ont rien réglé. D’ailleurs, si tout était si simple, il ne resterait, sur notre planète, que des « bons » ou des « méchants ».

Faute de conflits sanglants près de nous, des artistes en panne d’inspiration s’affichent avec des signes perçus comme sataniques et vont même jusqu’à présenter des rituels diaboliques, dont certains comportent des symboles de mise à mort. Les techniques cinématographiques et scéniques numériques étant tellement réalistes, des producteurs de films et de spectacles montent d’un cran la frayeur angoissante. 

C’est dommage que l’on exploite le mal pour le profit personnel. Au mieux, c’est inélégant, au pire, c’est la promotion de la perversion. L’humain a cette malheureuse tendance (enfant, on me disait la petite voix du diable) à être attiré au bord du précipice. Dès l’arrivée de l’impression d’images, de la photographie et du cinéma, la nudité et les pratiques sexuelles déviantes (ce qui varie selon la pudeur de la société), la violence (ce qui varie avec la tolérance du peuple), la magie noire (de la sorcière au sinistre personnage qui cherche à dominer le monde) et finalement l’horreur (du grotesque au cannibalisme), on a incarné le mal dans l’art. Résultat : la banalisation de la vie sexuelle, de la violence et du mépris (voire de la haine).

N’est-il pas facile de croire que les gens qui possèdent tout pourraient vouloir s’adonner aux pires dépravations dans le but de ressentir des émotions qui ne sont pas à la portée du commun des mortels ? Peut-il y avoir, parmi de tels adeptes, des artistes, des gens d’affaires ou des politiciens ? Certes. Mais est-ce un grand nombre parmi ces célébrités ? Ce serait franchement surprenant, car les secrets les mieux gardés deviennent tôt ou tard connus du public. Quoiqu’il en soit, trop de gens à la recherche de certitudes et de contrôle se joignent ces temps-ci à un culte occulte de belligérants.

Pourtant, s’il advient qu’une personne (certains d’eux se vantent d’avoir vendu leur âme au diable) s’applique à commettre l’atroce, eh bien la loi se chargera d’eux. Les forces de l’ordre et l’institution judiciaire joueront leur rôle. Les coupables seront condamnés à une peine commensurable à la faute. Hormis les crimes de haine, trop souvent dirigés contre ceux qui semblent étranges, rien n’indique qu’il y ait augmentation des délits liés à des pratiques sataniques. Mais, assistons-nous à une croissance du spectacle maléfique ?

Ce qui me rassure en toute circonstance, c’est que la grande majorité des humains est composée d’êtres de bonne volonté. Voilà sans doute ce qu’il faut faire ressentir à nos enfants.

Le nihilisme

Comme bien des « isme », le nihilisme est une école de pensée, certains diraient une « philosophie », qui signifie : « J’aimerais continuer à profiter de la vie, mais lorsque je devrai mourir, que l’humanité aille chez le diable » ; en plus court : « Après moi, le déluge ». Selon un sondage pré-COVID, environ 25 % des Américains seraient nihilistes.

Ce phénomène m’irrite passablement, car si nos ancêtres avaient pensé ainsi, je ne pourrais pas vous écrire sur mon ordinateur, je ne pourrais pas écrire, point. Nous serions encore à l’âge de pierre. Tout en demeurant ouvert à ce que l’on me prouve le contraire, je risque le point de vue suivant : la grande majorité des nihilistes n’ont probablement pas voulu avoir d’enfants. J’ose parce qu’il me semble que presque tous les parents tiennent à ce que leurs enfants aient une vie meilleure que la leur. Voilà pourquoi, depuis 500 000 ans, notre sort s’améliore.

À cette époque de l’année où plus d’un milliard de personnes célèbrent la nativité, donnons un coup de chapeau à ceux qui, cherchant à contribuer avec espoir, auront bientôt un 2 enfant, et pour ceux qui en ont déjà ; on devrait peut-être écouter ceux que l’on a mis au monde (pourquoi je pense à Harmonium ?).

Besoin de pratiquer le zen

Je n’ai pas la prétention de vous montrer quoi que ce soit concernant les techniques de méditation, de yoga, de Tai-chi ou autres disciplines qui apaisent l’esprit. Mais je crois que c’est le bon temps de l’année pour développer sa propre voie vers le zen.

Nos émotions sont mises à rude épreuve à cause du bombardement des médias qui nous saturent de renseignements et de situations sur lesquelles nous pouvons si peu. Si la tendance se maintient (ici je pense au grand « Bernard »), nous allons tous être exposés à des mouvements politiques et peut-être des factions sociales (de pensée ou armées) qui vont nous ébranler.

C’est pourquoi je vous encourage mes amis(es) à trouver une façon de maîtriser les émotions inévitables qui pourraient nous happer de plein fouet, surtout lorsque la démocratie, pour laquelle nos pères et nos grands-pères sont morts au champ d’honneur, se voit menacée.

Souhaitons-nous de réussir à protéger notre santé mentale au moyen de la maîtrise de nos pensées, de nos réactions, de nos jugements et de nos émotions. Comme tout ne peut pas « rester en dedans », je vous encourage à trouver une façon zen et respectueuse d’exprimer abondamment votre pensée, le fruit de vos réflexions et, pourquoi pas, vos recommandations. C’est avec amour et amitié que je vous souhaite, comme ça, le meilleur de la saison des Fêtes et pour l’année qui commence.

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