Où sont allés tous les travailleurs ?
Par Édouard G. Trépanier |
J’énumère ci-dessous 25 raisons pour lesquelles on entend qu’il manque de travailleurs et, qu’en conséquence, l’industrie et les commerçants ne peuvent plus offrir les mêmes services rapides qu’auparavant. Au préalable, il faut noter que la pénurie de main-d’œuvre était là bien avant la pandémie. Plusieurs rapports ont été publiés à ce propos entre 2013 et 2019, dont celui de la Banque canadienne de développement qui indique que 40 % des PME avaient déjà de la difficulté à embaucher de nouveaux employés en 2018. La pandémie n’a fait qu’accentuer le problème devenu social. Vous pouvez imaginer des solutions pour chacun des facteurs énumérés ci-dessous :
- L’aide financière des gouvernements aux travailleurs qui perdaient leur emploi a peut-être retardé le retour au travail dans certains cas, mais cela était temporaire ;
- Le vieillissement de la population signifie que les baby-boomers (nés de 1946 à 1964) partent à la retraite. Les plus récentes projections démographiques québécoises annoncent par exemple une diminution de 100 000 personnes de 15 à 64 ans, d’ici dix ans ;
- Les récessions successives et les pratiques administratives de mise à pied de travailleurs, lorsque les résultats financiers n’atteignaient pas les objectifs, ont montré aux travailleurs qu’il n’y a plus de loyauté envers l’employé. Il faut donc quitter son emploi dès que le fonds de retraite semble suffisant. On assiste ainsi à beaucoup de retraites anticipées ;
- La hausse des valeurs en bourse et du prix des maisons a bonifié le coussin financier, incitant aussi certains employés à prendre une retraite anticipée ;
- À venir jusqu’à récemment, il y avait des milliers de travailleurs habitués à de longues heures de travail, des employés comptant des décennies d’expérience et de connaissances. Au lieu de simplement les remplacer par des jeunes, on aurait dû leur confier des responsabilités de transition et de mentorat. Si l’on avait prévu des mesures de rétention des travailleurs âgés, ils seraient peut-être restés en poste jusqu’à 65 ans ;
- La nouvelle génération qui remplace au pied levé ne veut pas nécessairement faire comme ses parents qui ont peut-être accordé trop d’importance au travail, au détriment de la famille. « Grimper l’échelle corporative » leur semble moins prioritaire ;
- Le retrait forcé du travail causé par la pandémie a souvent fourni le recul nécessaire pour chercher un emploi plus satisfaisant. C’est ainsi que les travailleurs de l’hôtellerie et de la restauration, dont les conditions sont difficiles, cherchent du travail dans d’autres secteurs de l’économie ;
- Si la rémunération minimale d’un travailleur est insuffisante, il peut alors être plus avantageux de rester à la maison avec les enfants. Le salaire minimum devrait toujours être beaucoup plus élevé que le seuil de pauvreté. D’ailleurs, ceux qui avaient de la difficulté à concilier travail-famille parce que leur employeur ne leur donnait pas suffisamment de flexibilité, cherchent peut-être un emploi qui offre plus de souplesse. Pourquoi se presser ?
- La pénurie de personnel dans les emplois les moins valorisés a heurté les garderies, ce qui signifie que le parent le moins bien rémunéré reste à la maison pour garder les enfants ;
- L’absence d’un système de surveillance du marché du travail soustrait de la vue d’ensemble les compétences nécessaires, maintenant et à l’avenir : donc l’adéquation entre la formation des travailleurs (et des étudiants) et les besoins du marché du travail est inadéquate ;
- L’immigration, perçue comme un problème au lieu d’un atout, n’encourage pas les politiciens à reconnaître les diplômes étrangers, à vouloir compléter la formation des nouveaux venus ou à leur transmettre une connaissance suffisante de la langue. En plus, avec la fermeture des frontières, l’année de déficit humain aura de longues répercussions ;
- Après avoir perdu son emploi, lors de la fermeture des commerces, une partie de la main-d’œuvre disponible a déménagé vers une autre région ;
- Parmi ceux qui ont perdu leur emploi à cause de la fermeture des commerces, une portion des travailleurs s’est réorientée, ou offre incognito des services à la maison ;
- Le télétravail (confort du foyer) a aussi persuadé des employés (de bureau) d’offrir leur service à leur compte ;
- Dans le secteur de la santé, plusieurs sont tellement épuisés (conséquences psychologiques) qu’ils ne peuvent retourner au travail et, peut-être même, ne veulent plus. La pandémie a mis en lumière de grandes failles du système de la santé ;
- Dans le domaine de l’éducation, les restrictions en classe et l’enseignement à distance s’ajoutent aux difficultés créées par les administrations scolaires qui, depuis des années, n’appuient plus leurs professeurs qui se font régulièrement insulter et intimider par de jeunes mal élevés. Alors ce choix de carrière n’est plus populaire ;
- La collaboration entre le système éducatif et le marché du travail est insuffisante pour offrir aux étudiants des expériences pratiques dans le monde du travail. On multiplie ainsi les travailleurs déprimés, parce que le travail est si différent de ce qu’on leur a enseigné ;
- Dans certaines régions, les besoins de main-d’œuvre spécialisée sont considérables, mais les coûts de l’éducation supérieure ont tellement augmenté, qu’on forme simplement moins de professionnels ;
- Même si les nombres d’hospitalisations et de mortalités diminuent, plusieurs familles sont encore malades, et certains qui ont eu la COVID ont des séquelles de long terme ;
- Le risque demeure présent tant que les enfants ne sont pas pleinement vaccinés et tant que les écoles ferment parce qu’il y a des éclosions spontanées : pourquoi alors se précipiter pour un emploi ?
- Plusieurs travailleurs, surtout ceux qui ont connu de la famille ou des amis frappés par la maladie, ont simplement peur de retourner dans des emplois en interaction avec le public ou les collègues, en particulier lorsque les mesures de protection sont peu adéquates. Cela comprend les garderies et les écoles ;
- L’isolement imposé, combiné aux retards accumulés en soins de santé, dont les soins en santé mentale, engendre toutes sortes de problématiques de santé ;
- Combien d’emplois de services au public sont dévalorisés par ceux qui reçoivent ces services : hôtellerie, restauration, travailleurs à temps partiel involontaire et peut-être même, les camionneurs ?
- Les jeunes qui restent chez leurs parents jusqu’à la fin de la vingtaine n’ont aucune raison de se hâter vers le marché du travail, alors que la pandémie fait encore rage ; et
- Enfin, contrairement à l’après-récession, nous assistons à une croissance de la demande de produits et services faisant suite à un isolement de 18 mois. La demande accroît la carence de main-d’œuvre.
Plusieurs des causes de la pénurie de main-d’œuvre auraient pu être atténuées, si l’État prenait toujours ses décisions avec perspicacité et prévoyance, en fonction de l’intérêt public, comme précisé dans « Les Assises de Nunaliq ».
Sommet de Washington sur la démocratie
Je parle souvent de démocratie dans cette infolettre et c’est l’objet principal du livre « Les Assises de Nunaliq ». Le sujet me hante, car il n’existe pratiquement que deux façons de gouverner : la démocratie et la dictature (qu’on appelle aussi « autoritarisme », « oligarchie », « autocratie », etc.) Comme la démocratie est en recul sur Terre depuis une quinzaine d’années, je crains que nos enfants (et nos petits-enfants) passent leur vie à composer avec un recul pénible de civilisation.
Ces jours-ci, le Président américain assemble les représentants de nombreux pays dans un forum visant à lutter contre l’autoritarisme et à promouvoir les valeurs démocratiques. En fait, il s’agit d’une rencontre préparatoire à un sommet en personne qui devrait avoir lieu vers la fin 2022. Le Président a souhaité la bienvenue aux représentants de plus de 100 pays qui tiennent des élections entre au moins deux véritables partis politiques, à plusieurs activistes-défenseurs de la démocratie, à des gens d’affaires ainsi qu’à des journalistes. Il a admis que les États-Unis faisaient face à une véritable menace de l’intérieur, mais que la démocratie n’est jamais acquise une fois pour toutes. Il faut toujours lutter pour la conserver et pour l’améliorer. Quoique son parti politique ne contrôle pas complètement le législateur, le Président américain proposera un budget de 424 millions de dollars pour soutenir les médias indépendants dans le monde, pour combattre la corruption, pour améliorer les technologies utilisées lors des élections et pour lutter contre le contrôle des populations au moyen de la surveillance numérique.
Alors que les extrémistes américains tentent de créer des liens avec des groupes du même acabit ailleurs dans le monde, on doit féliciter cet effort de coopération internationale, car, qui peut lancer une telle initiative, à ce moment-ci de l’Histoire ? Les véritables retombées ne seront connues qu’à la fin de 2022. Évidemment, la Chine et la Russie, qui ne sont pas invitées, dénoncent ce sommet comme étant une tactique politique afin d’accroître le pouvoir global américain en définissant à sa manière les régimes politiques qui sont bons et ceux qui sont mauvais. « Les Assises de Nunaliq » tente de trouver une définition universelle de ce régime de gouvernance qui tient compte de la volonté des peuples.
Joyeuses Fêtes
En cette période de réjouissance, mais aussi de tristesse pour ceux qui ont perdu un être proche, je vous souhaite de pleinement profiter du temps des Fêtes et de faire une pause des préoccupations. Que les rencontres familiales et amicales vous reconnectent, que les relations humaines harmonieuses vous réchauffent le cœur, car malgré l’état du monde, le bonheur demeure à notre portée.



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